Signez et faites signer autour de vous la pétition « Laissez-les grandir ici ! »
Chasse à l’enfant
Ce poème de Jacques Prévert évoque la mutinerie d’août 1934. Après que les moniteurs aient tabasser un pupille, les jeunes détenus se sont soulevés et enfuient. Une prime de 20 francs a été offerte à quiconque capturerait un fugitif. Cette mutinerie a déclenché une campagne de presse demandant la fermeture de bagne d’enfants.
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux Tout autour de l’île il y a de l’eau
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements
Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens Qui fait la chasse à l’enfant
Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s’est sauvé Et comme une bête traquée Il galope dans la nuit Et tous galopent après lui Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens Qui fait la chasse à l’enfant
Pourchasser l’enfant, pas besoin de permis Tous le braves gens s’y sont mis Qu’est-ce qui nage dans la nuit Quels sont ces éclairs ces bruits C’est un enfant qui s’enfuit On tire sur lui à coups de fusil
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage Sont bredouilles et verts de rage
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux Tout autour de l’île il y a de l’eau.
Jacques Prévert (Extrait de Paroles, éditions Gallimard)

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