Le 1er Mai - un peu d'histoire- Paul Lafargue-la revendication des 8h de travail
" Puis Lafargue appelle à la mobilisation pour le premier mai : " le nombre des manifestants du 1er mai 1890 a surpris les organisateurs eux-mêmes. Cette année, la manifestation sera bien autrement importante. Et dans beaucoup d'endroits, les ouvriers s'imposeront ensuite d'eux-mêmes le travail de 8 heures, en dépit des patrons. Il ne faut, dit-il, songer à retourner en arrière en brisant les machines ! Autrefois les ouvriers industriels n'avaient qu'un maître, qui pouvait être humain, aujourd'hui les manufactures sont aux mains d'actionnaires auxquels il faut donner de forts dividendes au prix des sueurs ouvrières, il faut que les ouvriers deviennent leurs propres maîtres pour avoir le profit de leur travail. Le travail industriel tel qu'il est imposé détruit notre race. Il faut enrayer le rachitisme constaté tant de fois dans nos centres manufacturiers. Il est temps de réagir contre le Machinisme qui accapare tout, au point que bientôt il n'y aura plus qu'une profession possible, celle de mécanicien!... Honneur, dit-il, aux citoyennes qui sont venues. La femme a plus d'énergie et de volonté que l'homme, c'est par la femme que nous arriverons au communisme. "
Reproduit par le Courrier de Fourmies du 19 avril 1891, cité par A. Pierrard et J.L. Chappat, La fusillade de Fourmies, éditions Miroirs, 1991.
" Le même jour, La Croix du Nord, publiée à Lille, dans un article signé " Pauvre Jacques " et intitulé " Réflexions d'un pauvre homme à l'occasion du 1er mai ", tente de ridiculiser la revendication des Huit heures : "... Nous aurons donc 8 heures de sommeil et 8 heures de travail. Mais nous aurons aussi 8 heures de loisir. Le loisir, c'est l'oisiveté ; et l'oisiveté c'est la mère de tous les vices. Qu'est-ce que nous pourrons en faire, de ces 8 heures ? Et moi, personnellement, qu'est-ce que j'en ferai ? Parbleu ! J'irai au cabaret. Au lieu d'y aller une heure ou deux par semaine comme je le faisais, j'irai tout le temps que j'aurai de libre. Au lieu de prendre deux ou trois chopes comme je le faisais, j'en prendrai quinze ou vingt. Si bien que je dépenserai davantage à mon plaisir le jour où je travaillerai le moins. "
(Article repris intégralement le lendemain 20 avril 1891 par Le Bien Public fourmisien.)
Extrait de A. Pierrard et J.L. Chappat, La fusillade de Fourmies, éditions Miroirs, 1991.