Les députés UMP si loin du peuple
par Jacqueline Sellem
Législatives .
Si le second tour confirmait le premier, la diversité de la société ne serait pas représentée. Profil sociologique des 109 députés de droite élus le 10 juin.
Douze chefs d’entreprise flanqués d’un groupe compact répertorié dans la rubrique statistique intitulée « Cadres et professions intellectuelles supérieures » et comprenant, entre autres, neuf médecins, deux dentistes, trois pharmaciens, deux vétérinaires, treize hauts fonctionnaires, sept avocats, six enseignants, cinq consultants et experts, cinq journalistes. Et puis, à l’autre extrémité de l’échelle sociale, un préparateur en pharmacie, un technicien en lunetterie. Et zéro ouvrier. Voilà le profil socioprofessionnel des 109 députés de la majorité présidentielle, comprenant 98 UMP, 1 divers droite, 7 Nouveau Centre (UDF alliés à l’UMP) et 2 MPF (villiéristes), élus au premier tour des élections législatives (voir tableau ci-contre). À gauche, un député socialiste seulement a été élu dès le 10 juin.
DERRIèRE LA FAÇADE
Parité, jeunesse, diversité, ouverture... Nicolas Sarkozy prétend moderniser la vie politique et a voulu frapper les esprits en annonçant la composition de son gouvernement. De joggings en rencontres tous azimuts et en déclarations de rupture avec l’ère Chirac, il n’a pas mégoté pour communiquer sur le sujet. Mais l’affichage gouvernemental rappelle étrangement le « Il faut que tout change pour que rien ne change » du comte de Lampedusa dans le Guépard.
Derrière la façade, le parti que le président de la République a modelé à sa main, l’UMP, a choisi une fois encore pour ces élections législatives les pénalités financières (4,3 millions d’euros en 2005) plutôt que la mise en oeuvre de la parité. Alors que le PS et le PCF ont investi respectivement 43,6 % et 46,5 % de candidates, à l’UMP, au premier tour, à peine plus du quart des candidats (26,5 %) sont des candidates. Résultat : seulement douze femmes parmi les députés de droite déjà élus. 12 %, on est bien loin de la parité.
Quant aux candidats que l’on dit « de la diversité », ils sont quasiment absents des tablettes de l’UMP. Lorsque le PCF et les Verts en présentent une cinquantaine, le PS une vingtaine, ils ne seraient, selon le recensement du journal le Monde, qu’« une petite dizaine » dans les rangs du parti du président. Sans surprise donc, aucun ne figure parmi les 109 élus du premier tour. Seul rescapé en lice pour le deuxième tour sous les couleurs de l’UMP : Salem Kacet, un radiologue de Roubaix.
Pour ce qui est de l’âge, le gros contingent des élus de droite du premier tour dessine une quasi-pyramide. Mais qui reposerait sur sa pointe : 4 députés ont moins de 30 ans, 26 moins de 50 ans, et 79 plus de 50 ans dont 12 plus de 65 ans. Normal, répliquera-t-on peut-être, beaucoup sont des députés sortants. Mais pas moins de 87 % des députés de l’UMP se représentaient : 317 sur 364. Au final, leur apport au rajeunissement et au renouvellement de l’Assemblée nationale risque donc de contredire sérieusement toutes les grandes déclarations présidentielles.
de génération en génération
On peut prévoir qu’à l’issue du deuxième tour de l’élection législative, le profil de l’Assemblée nationale s’infléchisse légèrement dans le sens d’un rééquilibrage, d’autant plus qu’arriveraient davantage de députés communistes et socialistes. Mais il apparaît que toutes les distorsions dans la représentation seront aussi marquantes que dans l’Assemblée précédente (1). D’ores et déjà, plus de 90 % des députés élus le 10 juin appartiennent au même pôle de la société. Ceux qui dominent dans la vie économique et intellectuelle s’imposent aussi dans la vie politique et accaparent ainsi le pouvoir. Parfois de génération en génération. Jeudi matin, France Inter proposait un reportage sur l’inscription à l’Assemblée nationale d’un élu du premier tour. Choix de la photographie officielle, découverte de la sacoche du député, visite de l’hémicycle : émotion, parfum de rentrée des classes pour celui qui est présenté comme un petit nouveau. Charles Leclerc de La Verpillière, 53 ans, député UMP de la deuxième circonscription de l’Ain, maître des requêtes au Conseil d’État jusqu’en 1996, conseiller général et, depuis 2004, président du conseil général de l’Ain. Fils de Guy Leclerc de La Verpillière, député de 1967 à 1980 puis sénateur. Descendant de toute une lignée de propriétaires terriens, élus de pères en fils, à quelques brèves interruptions près, depuis 1807.
« Il faut que tout change pour que rien ne change », disait Lampedusa...
(1) La précédente Assemblée nationale était ainsi composée : agriculteurs 2,5 %, artisans, commerçants, chefs d’entreprise 5,6 %, cadres et professions intellectuelles supérieures
78,8 %, professions intermédiaires 7,2 %, employés 5 %, ouvriers 0,9 % (source : Michel Koebel).
Et 12,3 % de femmes.
Jacqueline Sellem
source : http://www.humanite.fr/