Le cèdre de Bobigny Claire Engel Théâtre du Hangar Montpellier
Il ne vous reste plus que quelques jours pour aller découvrir cette création, au théâtre du Hangar, 3 rue Nozeran à Montpellier, oui je ne saurai que trop vous inviter à ce spectacle déroutant, qui d'une petite voix vous prend par la main sur les mélopées d'un piano, de la musique et de cette déambulation chimérique je ne vous direz rien...je ne veux déflorer la surprise, l'étonnement auquel vous serez convié, je veux garder inctact en vous cette part d'imaginaire qui sera interpelée par l'aspect surréaliste du parcours qui vous y attend, Claire Engel d'autorité vous guidera et une petite voix vous...vous mettra en garde...mais déjà j'en dis trop...la poésie, la poésie de la vie soufflera des vos petites oreilles, percera vos yeux écarquillés, dans le grenier des mots enfouis, des instants enfuis, dans le fratras de nos chères accumulations...mais je dévoile, je dévoile...montez sur le quai et embarquez, les escales vous déconcerteront, vous séduiront ; le détour des phrases et les situations gratteront la porte de vos émotions. Claire Engel est seule en scène elle vous fera goûter les mots de cet auteur méconnu Adolphe Yorinski, des mots simples, des mots justes, juste des mots qui frappent au bon endroit..vous voyez?.. vous voyez ce que je veux vous dire...
représentations :
Mardi, Ven, Sam 20h45
Mer, Jeu 19h
Dim 17h
T 04 67 41 32 71
1 - LE CEDRE DE BOBIGNY arrive de loin. De plusieurs endroits. De plusieurs époques. Il surgit en 1914. Il s?élance en 1917, Il accélère en 1948. En 2002, il croise l?homme du Hangar.
Léger retour sur le calendrier. Fin des années « quatre-vingts ». J?étais venu au Théâtre des Treize Vents dans les valises de Jacques Nichet. Parmi le cahier des charges de ce dernier : la collaboration avec les compagnies implantées dans la région. Dans une aile des dépendances du Domaine de Grammont, une salle de répétition sous les combles. Une manière de bûcheron jovial s?avance vers moi. Il est heureux de me faire découvrir les coiffes et les masques du spectacle qu?il prépare : « Le Roi Gordogane » (de Radovan Ivsic). Intrigants et merveilleux objets façonnés avec amour par cet artisan au regard direct et rieur.
Je venais de faire connaissance avec Jacques Bioulès, l?homme du Hangar.
Je me suis toujours assis avec sérénité devant la scène du Théâtre du Hangar. J?aime toujours m?y abondonner, car il faut le dire et le redire ici : ils ne pullulent pas les lieux où l?on abandonne au vestiaire ses préventions, ses inquiétudes et ses a-priori noirs de ressentiment.
Là, je me suis découvert attentif et généreux, l?oeil critique et ouvert, laissant sa part à l?autre.
Je m?y suis découvert spectateur libre.
Bref, je m?y suis très vite senti chez moi.
Je sais que les patientes certitudes qui émanent de Jacques et de son équipe, y sont pour beaucoup. Et je sais aussi que ces certitudes viennent d?une qualité, dont on aurait presque peur de prononcer le mot tant certains la disent niaise, je veux parler de la bonté.
2 - LE CEDRE DE BOBIGNY est né de l?insistance de Jacques. Un jour, il est venu vers moi et m?a proposé cette aventure. Eclats de rire de l?innocence. Il offrait, à quelqu?un qui n?est pas repéré comme metteur en scène, ni comme directeur de compagnie, encore moins comme auteur, un passage dans le Hangar. Un cadeau de plus de 700m2. Un terrain encore très vague dans mon cerveau, à métamorphoser en terrain de jeu. Le « scéno » ne s?était encore jamais coltiné avec un tel champ de bataille. Il me fallait y ronger un os. Je m?adosserais à un récit qui tracassait mon enfance.
LE CEDRE DE BOBIGNY est une vieille rencontre cévenole ; un amas de châtaigniers où se promène aussi la Pologne, autant dire Madame Nulle Part.
LE CEDRE DE BOBIGNY a reçu la visite de joyeux compères : le russe Daniil Harms, le très britannique Glenn Baxter, le new-yorkais Edward Gorey...
LE CEDRE DE BOBIGNY est une parcelle prélevée dans l?oeuvre inconnue et abandonnée d?Adolphe Yorinski. Une oeuvre vagabonde, éparse et multiforme, composée de bribes et de crépitements. Une oeuvre escarbille.
LE CEDRE DE BOBIGNY est une promenade. Je ne voulais plus partir seul en balade. J?avais besoin d?un porte-voix et d?un photophore. Aussi, la comédienne de cette aventure, sera Claire Engel. La première fois que je l?ai vue, elle était une magnifique Merteuil qui, ceinte d?une affolante guêpière, clâmait énergiquement la langue d?Heiner Müller.
L?éclairagiste sera Maurice Fouilhé. La première fois que je l?ai vu, il réglait avec une joie féroce, à 10m au dessus de la scène du Corum, suspendu à un harnais, un H.M.I récalcitrant.
LE CEDRE DE BOBIGNY n?est pas au bout de ses peines ; LE CEDRE DE BOBIGNY s?interroge : y aura-t-il de la musique ? Aidons-le : comme nous aimons abolir le hasard, nous allons la jouer aux dés.
Alain Chambon Mars 2007
Du 15 au 26 Mai 2007
D?APRES Adolphe Yorinski
ADAPTATION ET REALISATION d?Alain Chambon
JEU : Claire Engel
LUMIERES : Maurice Fouilhé