Hélène Cixous

Publié le par Sidérale

Nous sommes nés pour être bombardés et pour voir soudain les lieux familiers et les choses ordinaires devenus nus et spectaculaires. Alors le dehors gagne le dedans et le dedans s’étale impudiquement sans qu’on y puisse rien. C’est comme ce phénomène mathématique appelé Bouteilles de Klein une chose inconcevable et pourtant qui existe, un volume dont le dehors est dedans […]
Dès qu’on commence à raconter, il y a comme un apaisement des Mânes. Mais pendant quarante ans il y a impossibilité de tout récit. Quarante ans : toujours quarante ans de désert de mutisme. L’évanouissement dure quarante ans. Ensuite la mémoire reprend. Pendant l’évanouissement reste un monde, une population non racontée, bien cachée, tapie dans les replis, dans l’escalier, des larves de jeunes condamnés à mort, qui reviennent sitôt morts qui nous assiègent et que nous assiégeons.

La Fin n’est pas la fin. Pas plus que le commencement ne commence. »

Extrait de Hélène Cixous, La Mort du loup et autres remords, II « Le livre personnage du livre », « La Chose », éditions Galilée, 2003, pp. 115-116.

 

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Publié dans ancrage

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