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Ancrage : Point d'ancrage, lieu (abstrait) de fixation














L'amour, dans l'anxiété douloureuse comme
dans le désir heureux, est l'exigence d'un tout.
Il ne naît, il ne subsiste que si une partie reste
à conquérir.
On n'aime que ce qu'on ne possède pas
tout entier.
Marcel Proust

Man Ray - Hand on lips

" Je vous vois et vous me voyez,
J'ai une certaine conception de vous et vous de moi.
Je vois votre comportement et vous le mien.
Mais je ne vois pas, je n'ai jamais vu et ne verrai jamais votre expérience de moi ;
Pas plus que vous ne pouvez voir mon expérience de vous.
Je ne peux pas faire l'expéreince de votre expérience, ni le contraire.
Nous sommes l'un(e) et l'autre des hommes/des femmes invisibles.
Tous les hommes sont invisibles les uns des autres."
 France Culture - Voyages en psychiatrie - Août 2006
Dimanche 1 juillet 2007
LA POÉSIE SEULE…

source  : terres de femmes

« Je crois que l’homme au plein de sa vigueur et de sa force, et qui le sent assez pour ne pas douter de son regard, de son ouïe, est, à la lettre, un aveugle et un sourd. Je crois que seuls certains états extrêmes de l’âme et du corps : fatigue (au bord de l’anéantissement), maladie, invasion du cœur par une subite souffrance maintenue à son paroxysme, peuvent rendre à l’homme sa vraie puissance d’ouïe et de regard. Nulle allusion, ici, à la parole de Plotin : « Ferme les yeux, afin que s’ouvre l’œil intérieur. » Il s’agit de l’instant suprême où la communion avec le monde nous est donnée, où l’univers cesse d’être un spectacle parfaitement lisible, entièrement inane, pour devenir une immense gerbe de messages, un concert sans cesse recommencé de cris, de chants, de gestes où tout être, toute chose est à la fois signe et porteur de signe. L’instant suprême aussi où l’homme sent crouler sa risible royauté intérieure et tremble et cède aux appels d’un ailleurs indubitable.
    De ces messages, la poésie seule (est-il besoin de le dire ?) est digne de suggérer quelque écho. Souvent elle y renonce en pleurant, car ils sont presque tous balbutiés à la limite de l’ineffable. Elle s’éveille de sa connaissance, les lèvres lourdes encore de paroles absentes ou folles qu’elle n’ose redire – et qui contiennent la vérité. Ou si elle ose les redire, c’est qu’elle semble avoir oublié leur origine, leur importance. Elle divulgue en deux vers un secret bouleversant, puis se taît. »

Gustave Roud, « Bouvreuil », in Air de la solitude [1945]
par Sidérale publié dans : à voix nue
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Lundi 25 juin 2007

Ton petit bol

 

Les milliards de cris d'insectes,

froissements, frissons, feuilles qui frémissent, se caressent,

roucoulements dans l'air imbibé d'odeurs,

ont tissé la toile

où la lumière est prise, avec la brise adoucie du soir.

Il suffisait de consentir à passer.

Il te donne le mot de passe,

heureux que tu sois heureux d'être toi,

de porter ton petit bol de larmes et de sourires

aux lèvres qui ont soif,

quand s'offrent les regards,

ouvrant le ciel intérieur où vous êtes ensemble réunis.

Ainsi l'heure est préparée où se découvre

que tu veux simplement que je sois qui je suis

Jean Mambrino
par Sidérale publié dans : à voix nue
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Samedi 23 juin 2007
Cahiers de Malte (extrait)
Sur la Duse, tragédienne:

Si nous avions un théâtre, serais-tu là, ô tragique, toujours aussi mince, aussi nue, sans aucun subterfuge, devant ceux qui contentent sur ta douleur étalée leur curiosité pressée ? Tu prévoyais déjà, ô toi si émouvante, la réalité de tes souffrances, à Vérone, alors que, presque une enfant, jouant du théâtre, tu tenais devant toi des roses, comme un masque qui te faisait une face et qui, en t'exagérant, devait te dissimuler. Il est vrai que tu étais une enfant d'acteur, et lorsque les tiens jouaient, ils voulaient être vus. Mais toi, tu dégénéras. Pour toi cette profession devait devenir ce qu'avait été pour Mariana Alcoforado, sans qu'elle s'en doutât, le voile de religieuse : un travestissement, épais et assez durable pour qu'il fût permis d'être derrière lui malheureuse sans restriction, avec la même instante ferveur qui fait bienheureux les bienheureux invisibles. Dans toutes les villes où tu vins, ils décrivirent tes gestes ; mais ils ne comprenaient pas comment, perdant de jour en jour l'espoir, tu levais toujours un poème devant toi pour qu'il te cachât. Tu tenais tes cheveux, tes mains, ou un autre objet épais, devant les endroits translucides ; tu ternissais de ton haleine ceux qui étaient transparents; tu te faisais petite, tu te cachais comme les enfants se cachent, et alors tu avais ce bref cri de bonheur, et tout au plus un ange aurait pu te chercher. Mais lorsque tu levais prudemment les yeux, il n'y avait pas de doute qu'ils t'eussent vue tout le temps, dans cet espace laid, creux, aux yeux innombrables : toi, toi, toi, et rien que toi.


Et tu avais envie d'étendre vers eux ton bras plié, avec ce signe du doigt qui conjure le mauvais oeil. Tu avais envie de leur arracher ton visage dont ils se nourrissaient. Tu avais envie d'être toi-même. Ceux qui te donnaient la réplique sentaient tomber leur courage ; comme si on les avait enfermés avec une panthère, ils rampaient le long des coulisses et ne disaient que ce qu'il fallait pour ne pas t'irriter. Mais toi, tu les tirais en avant, tu les posais là, et tu agissais avec eux comme des êtres réels. Et ces portes flasques, ces rideaux trompeurs, ces objets sans revers te poussaient à la réplique. Tu sentais comme ton cceur se haussait indéfiniment, jusqu'à une réalité immense, et, effrayée, tu essayais encore une fois de détacher de toi leurs regards, comme les longs fils de la Vierge.

Mais alors, ils éclataient déjà en applaudissements, par crainte du pire : comme pour détourner d'eux, au dernier moment, ce qui aurait dû les contraindre à changer leur vie.

Rainer Maria Rilke
Les Cahiers de Malte de Laurids Bridge
traduction de Maurice Betz
in Oeuvres, éditions du Seuil, pp 699-700.

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Jeudi 7 juin 2007
Publié le 6 juin 2007
par dandi

Ce côté

Il y a de la lumière. nous ne la touchons ni ne la voyons. Dans ses clartés vides repose ce que nous voyons et touchons. Moi je vois avec le bout de mes doigts ce que mes yeux palpent : ombres, mondes. Avec les ombres je dessine des mondes, je dissipe des mondes avec les ombres. J’entends battre la lumière de l’autre côté.

Octavio Paz


in Ecrits Libres sur L'Archipel Rouge


http://www.archipelrouge.fr/
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Vendredi 18 mai 2007


NOVA
Ce n’est que moi, originaire d’un autre village, pas très différent. Mais soyez-en persuadés, l’esprit de l’ère nouvelle parle en moi et voici ce qu’il a à vous dire. Oui, le danger existe : c’est grâce à lui que je peux parler comme je vais parler : dans la résistance. Aussi, écoutez mon poème dramatique. - ne plus glisser au fil de vos rêves, c’est bien ; mais ne vous réveillez pas les uns les autres en aboyant comme des chiens. Vous n’êtes pas des barbares, et aucun de vous n’est coupable ; dans vos crises de désespoir vous avez peut-être constaté que vous n’êtes pas du tout désespérés. Désespérés, vous seriez morts. On ne peut pas renoncer ; ne jouez donc pas les solitaires intempestifs : car si vous continuez à avoir de l’inclination pour vous-mêmes, ne voyez-vous pas dans l’abandon où vous êtes une lueur des dieux ?

Peter Handke

par Sidérale publié dans : à voix nue
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Vendredi 18 mai 2007

Raconter le Monde, ma part misérable et infime du Monde, la part qui me revient, l’écrire... en construire à peine, une fois encore, l’éclair, la dureté, en dire avec lucidité l’évidence. Montrer sur le théâtre la force exacte qui nous saisit parfois, cela, exactement cela, les hommes et les femmes tels qu’ils sont, la beauté et l’horreur de leurs échanges et la mélancolie aussitôt qui les prend lorsque cette beauté et cette horreur se perdent, s’enfuient, et cherchent à se détruire elles-mêmes, effrayées de leurs propres démons. Dire aux autres, s’avancer dans la lumière et redire aux autres, une fois encore, la grâce suspendue de la rencontre, l’arrêt entre deux êtres, l’instant exact de l’amour, la douceur infinie de l’apaisement, tenter de dire à voix basse la pureté parfaite de la Mort à l’œuvre, le refus de la peur, et le hurlement pourtant, soudain, de la haine, le cri, notre panique et notre détresse d’enfant, et se cacher la tête entre les mains, et la lassitude des corps après le désir, la fatigue après la souffrance et l’épuisement après la terreur.

Jean-Luc Lagarce
Du luxe et de l’impuissance, ed. Les Solitaires intempestifs

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Jeudi 17 mai 2007

Les vrilles de la vigne

Autrefois, le rossignol ne chantait pas la nuit. Il

avait un gentil filet de voix et s’en servait avec adresse

du matin au soir, le printemps venu. Il se levait avec les

camarades, dans l’aube grise et bleue, et leur éveil

effarouché secouait les hannetons endormis à l’envers

des feuilles de lilas.

Il se couchait sur le coup de sept heures, sept heures

et demie, n’importe où, souvent dans les vignes en fleur

qui sentent le réséda, et ne faisait qu’un somme

jusqu’au lendemain.

Une nuit de printemps, le rossignol dormait debout

sur un jeune sarment, le jabot en boule et la tête

inclinée, comme avec un gracieux torticolis. Pendant

son sommeil, les cornes de la vigne, ces vrilles

cassantes et tenaces, dont l’acidité d’oseille fraîche

irrite et désaltère, les vrilles de la vigne poussèrent si

dru, cette nuit-là, que le rossignol s’éveilla ligoté, les

pattes empêtrées de liens fourchus, les ailes

impuissantes...

Il crut mourir, se débattit, ne s’évada qu’au prix de

mille peines, et de tout le printemps se jura de ne plus

dormir, tant que les vrilles de la vigne pousseraient.

Dès la nuit suivante, il chanta, pour se tenir éveillé :

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse...

Je ne dormirai plus !

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse...

Il varia son thème, l’enguirlanda de vocalises,

s’éprit de sa voix, devint ce chanteur éperdu, enivré et

haletant, qu’on écoute avec le désir insupportable de le

voir chanter.

J’ai vu chanter un rossignol sous la lune, un

rossignol libre et qui ne se savait pas épié. Il

s’interrompt parfois, le col penché, comme pour écouter

en lui le prolongement d’une note éteinte... Puis il

reprend de toute sa force, gonflé, la gorge renversée,

avec un air d’amoureux désespoir. Il chante pour

chanter, il chante de si belles choses qu’il ne sait plus ce

qu’elles veulent dire. Mais moi, j’entends encore à

travers les notes d’or, les sons de flûte grave, les trilles

tremblés et cristallins, les cris purs et vigoureux,

j’entends encore le premier chant naïf et effrayé du

rossignol pris aux vrilles de la vigne :

 

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse...

Cassantes, tenaces, les vrilles d’une vigne amère

m’avaient liée, tandis que dans mon printemps je

dormais d’un somme heureux et sans défiance. Mais

j’ai rompu, d’un sursaut effrayé, tous ces fils tors qui

déjà tenaient à ma chair, et j’ai fui... Quand la torpeur

d’une nouvelle nuit de miel a pesé sur mes paupières,

j’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une

plainte qui m’a révélé ma voix.

Toute seule, éveillée dans la nuit, je regarde à

présent monter devant moi l’astre voluptueux et

morose... Pour me défendre de retomber dans l’heureux

sommeil, dans le printemps menteur où fleurit la vigne

crochue, j’écoute le son de ma voix. Parfois, je crie

fiévreusement ce qu’on a coutume de taire, ce qui se

chuchote très bas – puis ma voix languit jusqu’au

murmure parce que je n’ose poursuivre...

Je voudrais dire, dire, dire tout ce que je sais, tout ce

que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui

m’enchante et me blesse et m’étonne; mais il y a

toujours, vers l’aube de cette nuit sonore, une sage main

fraîche qui se pose sur ma bouche, et mon cri, qui

s’exaltait, redescend au verbiage modéré, à la volubilité

de l’enfant qui parle haut pour se rassurer et s’étourdir...

 

Je ne connais plus le somme heureux, mais je ne

crains plus les vrilles de la vigne.

 Colette

par Sidérale publié dans : à voix nue
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Mardi 15 mai 2007




TOUT DOIT ÊTRE RÉINVENTÉ

« Si en exécutant cet acte simple :
humer la chevelure de l’aimée
on ne risque pas sa vie
on n’engage pas son destin
du dernier atome de son sang
et de l’astre le plus lointain

si dans ce fragment de seconde
où l’on exécute n’importe quoi
sur le corps de l’aimée
ne se résolvent pas dans leur totalité
nos interrogations, nos inquiétudes
et nos aspirations les plus contradictoires

alors l’amour est en effet
ainsi que le disent les porcs
une opération digestive
de propagation de l’espèce

Pour moi les yeux de l’aimée
sont tout aussi graves et voilés
que n’importe quel astre
et c’est en des années-lumière
qu’on devrait mesurer les radiations
de son regard

On dirait que la relation de causalité
entre les marées
et les phases de la lune
est moins étrange
que cet échange de regards (d’éclairs)
où se donnent rendez-vous
comme dans un bain cosmique
mon destin
et celui de l’univers tout entier

Si j’avance ma main
vers le sein de l’aimée
je ne suis pas étonné
de le voir soudain
couvert de fleurs

ou que tout à coup il fasse nuit
et qu’on m’apporte une lettre cachetée
sous mille enveloppes

Dans ces régions inexplorées
que nous offrent continuellement
l’aimée

l’aimée, le miroir, le rideau
la chaise

j’efface avec volupté
l’œil qui a déjà vu
les lèvres qui ont déjà embrassé
et le cerveau qui a déjà pensé
telles des allumettes
qui ne servent qu’une seule fois

Tout doit être réinventé »

Ghérasim Luca, L’Inventeur de l’amour, José Corti, 1994, pp. 19-20-21.

par Sidérale publié dans : à voix nue
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Jeudi 19 octobre 2006

Extrait du Testament d'Orphée

le poète
Cégeste !

cégeste
C'est toi qui m'a nommé.

le poète
J'ai peine à te reconnaître. Tu étais blond.

cégeste
Pour un film. Cette fois, ce n'est plus un film. C'est la vie.

le poète, off
Tu étais mort.

cégeste
Comme tout le monde.

le poète
Pourquoi reviens-tu par la mer ?

cégeste
Pourquoi. Toujours pourquoi. Vous cherchez trop à comprendre. C'est un grave défaut.

le poète
J'ai déjà entendu cette phrase.

cégeste
Vous l'avez écrite. Prenez cette fleur...

le poète
Mais cette fleur est morte !

cégeste
N'êtes-vous pas expert en phénixologie ?

le poète
Qu'est-ce que celà ?

cégeste
C'est la science qui permet de mourir un grand nombre de fois pour renaître.

le poète
Je n'aime pas cette fleur morte.

cégeste
On ne ressuscite pas toujours ce qu'on aime. En route...

le poète
Où allons-nous ?

cégeste
Ne m'interrogez plus.

par Sidérale publié dans : à voix nue
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Jeudi 19 octobre 2006

Plain-Chant (extrait)

Rien ne m'effraye plus que la fausse accalmie
d'un visage qui dort
Ton rève est une Egypte et toi c'est la momie
Avec son masque d'or

Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinte
D'une reine qui meurt,
Lorsque la nuit d'amour t'a défaite et repeinte
Comme un noir embaumeur ?

Abandonne ô ma reine, ô mon canard sauvage,
les siècles et les mers;
Reviens flotter dessus, regagne ton visage
Qui s'enfonce à l'envers.

par Sidérale publié dans : à voix nue
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Ose




Red Archipel Radio

http://www.lastfm.fr/user/RedArchipel/





  Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson.

            Rebecca West

 


La traversée des apparences

"Faire du chemin...c'est d'abord une expérience physique.
Parfois, c'est aussi une expérience spirituelle...
c'est découvrir des paysages emblématiques :
des territoires sans rupture entre réel et imaginaire qui nous changent la vie.

Nos vies ne sont plus les mêmes depuis que nous sommes à Corvo, l'île de nos terres de danse."


«[...] nos livres tous les jours nous voient dans notre nudité intérieure.»

Olivier Bruley

 

 

La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.

E. CIORAN

 


 

En cette vie, où je suis mon sommeil,
Je ne suis pas mon sommet,
Qui je suis est qui je m'ignore et vit
A travers cette brume que vraiment je suis,
Toutes les vies que j'ai eues autrefois,
Dans une seule vie.
Je suis mer ; clapotis faible, rugissement vers les hauteurs,
Mais ma couleur provient de mon ciel élevé,
Et je ne me rencontre que lorsque de moi je fuis.

Qui donc guidait mes pas de jeune infant sinon
L'âme véritable qui se trouvait en moi ?
Attachée par les bras du corps,
Elle ne pouvait être plus.
Mais, sans nul doute, un geste, un regard, un oubli
Aussi, aux yeux de qui aurait bien regardé
La Présence Réelle sous le déguisement
De mon âme présente ici sans y prétendre.

Fernando Pessoa, poèmes ésotériques,

Christian Bourgois 1988, p. 39.

Fernando Pessoa dans Poezibao :
Fiche bio-bibliographique, extrait 1, extrait 2,





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