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Ancrage : Point d'ancrage, lieu (abstrait) de fixation














L'amour, dans l'anxiété douloureuse comme
dans le désir heureux, est l'exigence d'un tout.
Il ne naît, il ne subsiste que si une partie reste
à conquérir.
On n'aime que ce qu'on ne possède pas
tout entier.
Marcel Proust

Man Ray - Hand on lips

" Je vous vois et vous me voyez,
J'ai une certaine conception de vous et vous de moi.
Je vois votre comportement et vous le mien.
Mais je ne vois pas, je n'ai jamais vu et ne verrai jamais votre expérience de moi ;
Pas plus que vous ne pouvez voir mon expérience de vous.
Je ne peux pas faire l'expéreince de votre expérience, ni le contraire.
Nous sommes l'un(e) et l'autre des hommes/des femmes invisibles.
Tous les hommes sont invisibles les uns des autres."
 France Culture - Voyages en psychiatrie - Août 2006
Jeudi 29 novembre 2007
SI NOUS PARLIONS D'AMOUR...
Marie-Jo BONNET


Article paru dans la revue TRIANGUL'ERE, n°1, Editions Christophe Gendron, 1999.


Le débat sur le PACS nous a montré au moins une chose, c'est l'incroyable pauvreté de notre réflexion sur l'amour. Aujourd'hui, nous sommes réduits à débattre pour ou contre le Pacs, pour ou contre l'union libre ou le mariage homosexuel. Mais aussi pour ou contre les P.M.A. (Procréation Médicalement Assistée), l'insémination artificielle ou l'adoption pour les homos. Dans la presse on nous parle du Viagra, du nombre d'orgasmes, de préférence sexuelle, de vie commune, de préservatifs et de pilules. Le monde paraît divisé en hétérosexuels et homosexuels qui aspirent à l'égalité "sexuelle", nous dit-on du côté des gays officialisés. Mais si tout le monde pense que l'amour a un sexe, il n'a, apparemment, plus pour chacun d'entre nous, ni corps, ni âme.

Mais comment parler d'amour à une époque qui a tout vu et tout entendu ? Nous ne disposons dans la langue française que d'un tout petit mot censé exprimer des émotions aussi différentes que l'amour d'une marque de voiture, d'une personne, d'une oeuvre d'art, de nos ancêtres et de nos descendants.

Les grecs disposaient de quatre mots pour parler de cette chose-là, et il n'est pas inutile de se confronter à une langue morte pour parler de la passion, du désir, et de ce qui, dans l'expérience amoureuse, nous fait mourir et renaître. Se détacher du passé et s'ouvrir à l'inconnu... Etre et devenir... Se quitter, espérer et aimer, encore et toujours.

Il y a d'abord le mot philia, généralement traduit par tendresse amoureuse, amitié et qui prendra le sens d'amour reconnu par les autres. Plutarque en fait la caractéristique de l'amour conjugal, car les femmes étaient vouées au tendre sentiment plus qu'à l'Eros, bien que Sappho ait utilisé souvent ce mot avec une connotation érotique quand elle parlait de son "lien d'amour" pour Atthis ou s'adressait à la déesse Aphrodite. La déesse représentera d'ailleurs l'amour conjugal, tandis qu'Eros personnifiera l'amour homosexuel masculin.

Le deuxième mot est bien sûr Eros, l'amour-désir, celui que nous utilisons encore aujourd'hui pour désigner l'amour sous son aspect "purement" charnel. Mais il y avait déjà deux Eros dans l'Antiquité, comme l'a si bien montré Jean-Pierre Vernant dans L'individu, la mort, l'amour. L'Eros primordial de la Théogonie d'Hésiode, le principe cosmique qui "rend manifeste la dualité, la multiplicité incluses dans l'unité". Et l'Eros séducteur, le fils d'Aphrodite qui pousse à unir deux êtres séparés par leur individualité et que leur sexe oppose. Eros est donc une pulsion, une énergie qui différencie en soi-même et qui nous unit à l'autre. Il y aurait beaucoup à dire sur cette importante vision philosophique d'Eros, car l'homosexualité est encore aujourd'hui condamnée sous prétexte qu'elle annule la différence (des sexes, des polarités, etc). Dans le dialogue du Phèdre, de Platon, toute la question est de savoir comment on définit l'amour. Si Eros est uniquement attaché au plaisir des sens, ou s'il recherche la beauté qui est d'essence divine et constitue pour Socrate le véritable amour. "Aimez-vous, et enfantez de beaux discours", dit-il à ses interlocuteurs, car le véritable amour, c'est l'amour de l'âme.

Le troisième mot est mania, folie d'amour, folle passion, délire. C'est un mot qui a la même racine que ménade, et qui désigne la démesure, l'hybris dont on accuse les femmes qui aiment trop et ne maîtrisent pas leurs pulsions. Les Bacchantes, dans Euripide, sont l'archétype même de la mania. Folles possédées par Dyonisos, elles refusent tout lien, et pour cette raison, sont si décriées par l'homme grec apollinien. Le "dérèglement" des sens était loin d'être magnifié. Car si la femme rejette tout lien, comment pourra-t-on la tenir dans les liens du mariage, sous le joug du couple, dans l'univers clos du gynécée ?

On s'aperçoit ainsi que le lien, qui crée l'attachement, ne renvoie pas à la même symbolique que la relation amoureuse, qui suppose la distance et la reconnaissance de l'autre comme sujet. Le lien crée la dépendance, la relation crée la liberté et l'échange.

Le dernier mot, enfin, est agape, l'affection, l'amour divin au sens chrétien. Il est utilisé plus tardivement et donnera agapes, repas fraternels des premiers chrétiens.

On le voit, parler d'amour, c'est à la fois identifier ce qui en soi est touché par l'autre, et définir sa place dans la Cité et le Cosmos. L'amour est l'énergie primordiale comme le disait si bien Dante : "Amour qui meut Phoébus et toutes les étoiles".


La mise en ligne a été effectuée par Le séminaire gai avec accord de l'auteur.
Copyright M.J. Bonnet © 2000

 

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Dimanche 25 novembre 2007
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Dimanche 25 novembre 2007

À***

 

Tu es mon amour depuis tant d’années,

Mon vertige devant tant d’attente,

Que rien ne peut vieillir, froidir ;

Même ce qui attendait notre mort,

Ou lentement sut nous combattre,

Même ce qui nous est étranger,

Et mes éclipses et mes retours.

 

Fermée comme un volet de buis,

Une extrême chance compacte

Est notre chaîne de montagnes,

Notre comprimante splendeur.

 

Je dis chance, ô ma martelée ;

Chacun de nous peut recevoir

La part de mystère de l’autre

Sans en répandre le secret ;

Et la douleur qui vient d’ailleurs

Trouve enfin sa séparation

Dans la chair de notre unité,

Trouve enfin sa route solaire

Au centre de notre nuée

Quelle déchire et recommence.

 

Je dis chance comme je le sens.

Tu as élevé le sommet

Que devra franchir

Mon attente

Quand demain disparaîtra.

 

 

René Char 1948-1950

 

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Dimanche 24 juin 2007

COMMUNICATION

Quelle foudre inflexible a pris ce corps en main,
l'a pétri, ravagé d'orages sans pitié !
Ce qui dévaste n'a pas de nom, pas de mains,
saisit l'esprit entier. Il faut manger ses cris.

Et le corps en douleurs sent le vent de la peur,
un vide où rien ne protège plus de la mort,
l'espace du rien qui l'angoisse, l'humilie,
ne laisse plus qu'un noir entre lui et la mort.

La personne petite où se débat la vie
voit derrière son oui les arbres toujours verts,
puis soudain ce visage imprégné de noblesse,

presque inconnu dans sa douceur et sa noblesse,
rayonnant d'un souvenir qui n'a pas de fin,
et dans ses yeux tout ce qui reste de lumière.

Jean Mambrino, Le Chiffre de la nuit, José Corti, 1989
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Samedi 2 juin 2007


Petit extrait des paroles de

"Mourir d'un oeil" de Daphné :

 

Je voudrais pas crever

Et j'veux pas qu'on me dise

Combien de kilomètres à pied,

Il me reste à marcher.

Je veux pas qu'on s'épuise

A tout m'expliquer,

Laissez-moi des surprises,

Laissez-moi rêver...

 

Je voudrais pas crever

Mais comme c'est des choses qui arrivent

Je veux danser souvent

Avec le diable de l'été

Et m'enivrer de rire

Et m'enivrer d'un rien

Je veux passer la vie

A n'être qu'un matin

 

La vie ne fait pas semblant,

C'est un va ! c'est un viens ! que j'entend

Un tango sous la valse du vent

La vie ne fais pas semblant

 

Je ne veux pas crever

Ah mon amour je voudrais

Que l'on s'éternise

Dans un bain de juillet

Qu'on se saoule de nous

En s'offrant des "je t'aime"

Que nos coeurs s'épousent

Et qu'ils s'en oubient même

...

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Samedi 28 avril 2007

 










La musique

 

Il y a en elle un miracle qui brûle.

Elle s’éclaire toute, indiciblement.

C’est elle-même qui me parle.

Elle n’a pas peur de me consoler.

 

Ses yeux sont largement ouverts

Ses ailes sur ses épaules

                               Ont un éclat terrible.

Et c’est comme un premier orage,

Comme si toutes les fleurs

                               Se mettaient à parler.

                                                  1958,

Anna Akhamatova


 

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Jeudi 19 avril 2007

WRITERS



Virginia Woolf, Robert Walser, Annemarie Schwarzenbach
Iris Murdoch, Karen Blixen, Truman Capote
Marguerite Duras, Sylvia Plath, Nicolas Bouvier
Oscar Wilde, Gisela Elsner
Die Pelztasse (Meret Oppenheim)

« Ainsi cependant vous avez pu vivre cet amour de la seule façon qui puisse se faire pour vous, en le perdant avant qu’il ne soit advenu. »
 
Marguerite Duras "La maladie de la mort"

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Mercredi 18 avril 2007

Le poète est semblable au sismographe, où chaque tressaillement, se soit-il produit à des milliers de lieues, vient s’inscrire en vibrations.

Hugo von HOFMANNSTHAL

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Vendredi 6 avril 2007


Rien de tel

Pour infléchir ton chant

Que l'irruption d'un papillon.

 

Guillevic, Le chant.

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Dimanche 25 mars 2007

37 - Les Bienfaits de la Lune

La lune qui est le caprice même regarda par la fenêtre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit : " Cette enfant me plaît " Et elle descendit moelleusement son escalier de nuages, et passa sans bruit à travers les vitres. Puis elle s'étendit sur toi avec la tendresse souple d'une mère et elle déposa ses couleurs sur ta face. Tes prunelles en sont restées vertes et tes joues extraordinairement pâles. C'est en contemplant cette visiteuse que tes yeux se sont si bizarrement agrandis ; et elle t'a si tendrement serrée à la gorge que tu en as gardé pour toujours l’envie de pleurer. Cependant dans l’expansion de sa joie, la lune remplissait toute la chambre comme une atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux et toute cette lumière vivante pensait et disait: " Tu subiras éternellement l'influence de mon baiser. Tu seras belle à ma manière ; tu aimeras ce que j’aime et ce qui m’aime: l’eau, les nuages, le silence et la nuit ; la mer immense et verte ; l’eau informe et multiforme, le lieu où tu ne seras pas; l'amant que tu ne connaîtras pas ; les fleurs monstrueuses ; les parfums qui font délirer ; les chats qui se pâment sur les pianos et qui gémissent comme des femmes, d'une voix rauque et douce ! "Et tu seras aimée de mes amants, courtisée par mes courtisans Tu seras la reine des hommes aux yeux verts dont j'ai serré aussi la gorge dans mes caresses nocturnes ; de ceux-là qui aiment la mer, la mer immense, tumultueuse et verte, l’eau informe et multiforme, le lieu où ils ne sont pas ; la femme qu'ils ne connaissent pas ; les fleurs sinistres qui ressemblent aux encensoirs d'une religion inconnue, les parfums qui troublent la volonté, et les animaux sauvages et voluptueux qui sont les emblèmes de leur folie ! Et c’est pour cela, maudite chère enfant gâtée que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques !

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose

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Ose




Red Archipel Radio

http://www.lastfm.fr/user/RedArchipel/





  Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson.

            Rebecca West

 


La traversée des apparences

"Faire du chemin...c'est d'abord une expérience physique.
Parfois, c'est aussi une expérience spirituelle...
c'est découvrir des paysages emblématiques :
des territoires sans rupture entre réel et imaginaire qui nous changent la vie.

Nos vies ne sont plus les mêmes depuis que nous sommes à Corvo, l'île de nos terres de danse."


«[...] nos livres tous les jours nous voient dans notre nudité intérieure.»

Olivier Bruley

 

 

La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.

E. CIORAN

 


 

En cette vie, où je suis mon sommeil,
Je ne suis pas mon sommet,
Qui je suis est qui je m'ignore et vit
A travers cette brume que vraiment je suis,
Toutes les vies que j'ai eues autrefois,
Dans une seule vie.
Je suis mer ; clapotis faible, rugissement vers les hauteurs,
Mais ma couleur provient de mon ciel élevé,
Et je ne me rencontre que lorsque de moi je fuis.

Qui donc guidait mes pas de jeune infant sinon
L'âme véritable qui se trouvait en moi ?
Attachée par les bras du corps,
Elle ne pouvait être plus.
Mais, sans nul doute, un geste, un regard, un oubli
Aussi, aux yeux de qui aurait bien regardé
La Présence Réelle sous le déguisement
De mon âme présente ici sans y prétendre.

Fernando Pessoa, poèmes ésotériques,

Christian Bourgois 1988, p. 39.

Fernando Pessoa dans Poezibao :
Fiche bio-bibliographique, extrait 1, extrait 2,





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