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Ancrage : Point d'ancrage, lieu (abstrait) de fixation














L'amour, dans l'anxiété douloureuse comme
dans le désir heureux, est l'exigence d'un tout.
Il ne naît, il ne subsiste que si une partie reste
à conquérir.
On n'aime que ce qu'on ne possède pas
tout entier.
Marcel Proust

Man Ray - Hand on lips

" Je vous vois et vous me voyez,
J'ai une certaine conception de vous et vous de moi.
Je vois votre comportement et vous le mien.
Mais je ne vois pas, je n'ai jamais vu et ne verrai jamais votre expérience de moi ;
Pas plus que vous ne pouvez voir mon expérience de vous.
Je ne peux pas faire l'expéreince de votre expérience, ni le contraire.
Nous sommes l'un(e) et l'autre des hommes/des femmes invisibles.
Tous les hommes sont invisibles les uns des autres."
 France Culture - Voyages en psychiatrie - Août 2006
Samedi 2 juin 2007
[...]

Là-bas, la blanche voile sombre, offerte
A quelque brise immatérielle,
Saura conduire notre vie-sommeil
Jusqu'aux lieux où les eaux se mêlent

Aux rives bordées d'arbres noirs,
Où les forêts inconnues s'accordent
Aux élans du lac vers plus d'être,
Afin de rendre le rêve complet.

Là-bas nous saurons bien nous cacher, disparaître,
Engloutis dans le vide liséré de la lune,
Ressentant que cela qui fait notre substance
En d'autres temps était musique

Fernando Pessao, Le violon enchanté (Écrits anglais), Christian Bourgois, 1992, page 45.

par Sidérale publié dans : F. Pessoa
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Samedi 2 juin 2007

Le fleuve qui passe perdure
Dans les vagues de ce passage,
Et chaque vague figure
L’instant d’un lieu.

Suivant son cours, peut-être continue-t-il…
Mais la vague qui vient de passer
Dans sa course devient une autre.
Elle ne continue pas : elle a duré.

Quel est l’être qui subsiste
Derrière ces formes apparentes,
La vague qui en rien ne consiste,
Le fleuve qui n’est que passage ?

Je ne sais, et ma pensée non plus
Ne sait si elle est,
Comme la vague en son moment
Comme le fleuve (…)
Fernando Pessoa, Cancioneiro, traduit du portugais par Michel Chandeigne et Patrick Quillier, Bourgois, 198 , p. 121..

par Sidérale publié dans : F. Pessoa
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Vendredi 12 janvier 2007



Viens, Nuit extatique et silencieuse,
Viens envelopper dans la nuit manteau blanc
Mon cœur...
Sereinement comme une brise dans l'après-midi
légère,
Paisiblement, comme la caresse d'une mère,
Avec les étoiles brillant au creux de tes mains,
Et la lune mystérieuse masque sur ton visage,.
Tous les sons résonnent d'une autre manière
Lorsque tu viens.
Lorsque tu entres toutes les voix s'éteignent,
Personne ne te voit entrer,
Personne ne sait que tu es entrée,
Sinon en voyant soudain que tout se recueille,
Que tout perd ses arêtes et ses couleurs,
Et qu'au firmament encore bleu clair,
Croissant parfaitement dessiné, ou cercle blanc, ou
simple lumière nouvelle qui vient,
La lune commence à être réelle.

in "Ode maritime" de F. Pessoa (1915)



par Sidérale publié dans : F. Pessoa
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Jeudi 19 octobre 2006
 in Dactylographie

"Nous avons tous deux vies :
la vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance,
et que nous continuons à rêver, adulte, sur un fond de brouillard ;
la fausse, celle que nous vivons dans nos rapport avec les autres,
qui est la pratique, l'utile,
celle où l'on fini par nous mettre au cercueil.

Dans l'autre il n'y a ni cercueil ni morts,
il n'y a que des images de l'enfance :
de grands livres coloriés, à regarder plutôt qu'à lire ;
de grandes pages de couleurs pour se souvenir plus tard.
Dans l'autre nous sommes nous-mêmes,
dans l'autre nous vivons ;
dans celle-ci nous mourons, puisque tel est le sens du mots vivre ;
en ce moment, par la nausée, c'est dans l'autre que je vis...

Mais à mes côtés, accompagnement banalement sinistre,
élève la voix le tic-tac crépitant des machines à écrire."



                                          Fernando Pessoa

par Sidérale publié dans : F. Pessoa
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Jeudi 28 septembre 2006

 Poema dos olhos da amada - Vinicius de Moraes

O minha amada, que olhos os teus
Sao cais noturnos cheios de adeus
Sao docas mansas trilhando luzes
Que brilham longe, longe nos breus
O minha amada, que olhos os teus
Quanto mistério nos olhos teus
Quantos saveiros, quantos navios
Quantos naufragios, nos olhos teus
O minha amada de olhos teus
Quem dera um dia quisesse Deus
Eu visse um Dia o olhar mendigo
Da poesia nos olhos teus.
O minha amada, que olhos os teus…

Vinicius de Moraes

Ô bien-aimée, quels yeux tes yeux
Embarcadères la nuit, bruissant de mille adieux
Des digues silencieuses qui guettent les lumières
Loin… si loin dans le noir
Ô bien-aimée, quels yeux… tes yeux
Tous ces mystères dans tes yeux
Tous ces navires, tous ces voiliers
Tous ces naufrages dans tes yeux
Ô ma bien-aimée aux yeux païens
Un jour, si Dieu voulait
Un jour… dans tes yeux
Je verrais de la poésie, le regard implorant
Ô ma bien-aimée, quels yeux… tes yeux

Adaptation : Jeanne Moreau et Dominique Dreyfus

   

par Sidérale publié dans : F. Pessoa
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Ose




Red Archipel Radio

http://www.lastfm.fr/user/RedArchipel/





  Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson.

            Rebecca West

 


La traversée des apparences

"Faire du chemin...c'est d'abord une expérience physique.
Parfois, c'est aussi une expérience spirituelle...
c'est découvrir des paysages emblématiques :
des territoires sans rupture entre réel et imaginaire qui nous changent la vie.

Nos vies ne sont plus les mêmes depuis que nous sommes à Corvo, l'île de nos terres de danse."


«[...] nos livres tous les jours nous voient dans notre nudité intérieure.»

Olivier Bruley

 

 

La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.

E. CIORAN

 


 

En cette vie, où je suis mon sommeil,
Je ne suis pas mon sommet,
Qui je suis est qui je m'ignore et vit
A travers cette brume que vraiment je suis,
Toutes les vies que j'ai eues autrefois,
Dans une seule vie.
Je suis mer ; clapotis faible, rugissement vers les hauteurs,
Mais ma couleur provient de mon ciel élevé,
Et je ne me rencontre que lorsque de moi je fuis.

Qui donc guidait mes pas de jeune infant sinon
L'âme véritable qui se trouvait en moi ?
Attachée par les bras du corps,
Elle ne pouvait être plus.
Mais, sans nul doute, un geste, un regard, un oubli
Aussi, aux yeux de qui aurait bien regardé
La Présence Réelle sous le déguisement
De mon âme présente ici sans y prétendre.

Fernando Pessoa, poèmes ésotériques,

Christian Bourgois 1988, p. 39.

Fernando Pessoa dans Poezibao :
Fiche bio-bibliographique, extrait 1, extrait 2,





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