Féminisme
le symbole astrologique de la planète Vénus, aussi appelé le « miroir de Vénus », devenu symbole du genre associé, fut repris comme emblème des mouvements féministes
Le féminisme est un ensemble d’idées politiques, philosophiques et sociales cherchant à promouvoir les droits des femmes et leurs intérêts dans la société civile. La pensée féministe vise en particulier l’amélioration du statut des femmes dans les sociétés où la tradition établit des inégalités fondées sur le sexe.
Né après l’âge industriel, le féminisme se réclame de mouvements plus anciens ou de combats menés dans d’autres contextes historiques. Il est parfois présenté comme une lutte menée afin d’abolir l’oppression dont les femmes sont victimes au quotidien.
Le féminisme est soutenu principalement par les femmes, bien qu’il soit également activement supporté par des hommes. Les féministes cherchent à faire progresser les femmes dans leur contexte social, politique et économique, mais également dans la perception qu’elles ont d’elles-mêmes. Ils défendent l’idée que « le personnel est politique » et font avancer la cause des femmes en les aidant à se structurer comme des personnes autonomes, capables de gérer leur propre corps et, de façon plus générale, toutes les dimensions de leur vie.
Le féminisme travaille à construire de nouveaux rapports sociaux et développe des outils propres à la défense des droits des femmes et de leursacquis. Ce mouvement est soutenu par diverses théories sociologiques et philosophiques.
On parle souvent des acquis du mouvement féministe. Mais aucun progrès social, y compris quand il est inscrit dans la loi, n’est gravé dans le marbre. L’histoire contemporaine le démontre à l’envi. Particulièrement fragiles, les acquis féministes sont en butte à plusieurs types d’obstacles : les attaques « masculinistes », le « baquelache » idéologique et la mauvaise volonté politique ; le matraquage du mythe de « l’égalité-déjà-là ».
La contre-offensive patriarcale se constate dans tous les pays. Partout, ce sont en majorité des femmes qu’on envoie en première ligne pour dire que le féminisme ne passera pas ou n’est pas passé ; n’est pas ou n’est plus utile ; a toujours été nocif ou l’est devenu. Parmi elles, d’anciennes féministes ou sympathisantes, dont la parole est dégustée avec cette gourmandise un peu obscène autrefois réservée aux « confessions » d’anciens staliniens.
Souvent empruntés aux Etats-Unis, les thèmes sont partout les mêmes : les féministes exagèrent car l’oppression des femmes, c’est fini, le harcèlement sexuel ça n’existe pas, le viol entre conjoints non plus . Le tout est accompagné d’une sauce « cocorico ». Dans le domaine des mœurs aussi, il existerait une « exception française » : les rapports entre les sexes seraient idylliques. Le grossier sexisme étranger laisserait la place à la fine « séduction » gauloise. On peut se demander comment des gens intelligents par ailleurs arrivent à croire, en dépit des enquêtes, des chiffres, des faits divers montrant l’extraordinaire similitude d’un pays à l’autre, que l’oppression des femmes s’arrête tout net à Annemasse et à Port-Bou comme en son temps le nuage de Tchernobyl.
Quand les conventions internationales ou les directives européennes restent lettre morte ; quand les lois internes interdisant la discrimination sexuelle ne sont pas plus appliquées que celles interdisant la discrimination raciste, on est obligé de parler d’une collusion, non dite mais néanmoins réelle, entre tous les acteurs : employeurs, syndicats, appareil judiciaire, Etat, médias. En France, la loi de 1983 sur l’égalité dans le travail n’a jamais été mise en œuvre. Elle était d’ailleurs faite, si l’on peut dire, pour ne pas l’être car elle ne comporte aucune sanction ; la loi « Génisson » de 2001 en a introduit quelques-unes, et, à la veille des élections régionales, le chef de l’Etat a annoncé son intention de la faire appliquer . Une promesse en forme d’aveu puisqu’il faudrait une intervention présidentielle pour qu’une loi soit considérée autrement qu’un chiffon de papier.
Celle sur l’avortement est violée matin, midi et soir par les hôpitaux, les chefs de service, les services sociaux et l’Etat, qui ne mettent pas en place les centres d’interruption volontaire de grossesse (IVG) prévus par les décrets d’application. Un combat constant se révèle nécessaire pour empêcher qu’entre les « dysfonctionnements » et le travail de sape des lobbies anti-choix l’IVG ne disparaisse purement et simplement.
C’est d’autant plus important que les lobbies « masculinistes » sont fortement organisés, en France comme au niveau international, et très riches. Jour après jour, année après année, ces groupes de pression déposent sur les bureaux des ministres et des députés des propositions de remise en cause des lois sur l’avortement, sur le harcèlement sexuel, sur le divorce. Spectaculaires, leurs actions à découvert, comme celles des commandos anti-avortement, sont pourtant des exceptions. Le plus souvent, ces groupes de pression agissent de façon souterraine, en formant des « experts » qui témoigneront devant les tribunaux, en écrivant des livres de « psychologie » où les avocats des hommes violents et des pères incestueux, ainsi que les auteures d’ouvrages « baquelachiens », puisent leurs arguments . Outre le droit à l’avortement, ils ciblent les lois sur la pénalisation des violences masculines contre les femmes et contre les enfants.
Du coup, pousser à l’adoption des lois et ensuite à les faire appliquer consomme une bonne part de l’énergie du mouvement féministe. Mais cela ne saurait constituer son seul but. En effet, l’inégalité flagrante entre femmes et hommes sur le marché du travail s’adosse à l’exploitation du travail domestique des femmes, qui en assurent 90 %. Cette exploitation fait partie de l’ossature du système social, comme la division en classes sociales. Or la structure sociale n’est pas rectifiable par la loi – au contraire, c’en est le fondement, même s’il demeure caché.
Comment mettre en cause ce volet de l’exploitation économique des femmes qui semble ne relever que de négociations interindividuelles dans les couples, alors qu’il s’agit de la base de l’organisation patriarcale de nos sociétés ? Trouver cet angle d’attaque est un défi que le mouvement féministe n’a pas encore relevé, même si quelques pistes ont déjà été suggérées .
De plus, deux ou trois générations de jeunes femmes, qui auraient dû prendre le relais des féministes des années 1970, se sont tenues à l’écart du mouvement dont la parole et le combat sont restés confidentiels. Les médias ont fait le choix de l’antiféminisme, avec des campagnes incluant une présentation négative des féministes « moches et frustrées », « anti-hommes », « toutes lesbiennes »... Mais l’arme la plus efficace est le matraquage de l’idée que « tout est gagné, il n’y a plus rien à faire »... sauf à retrousser ses manches et à prouver qu’on est digne de cette égalité . Et si les femmes n’y arrivent pas, c’est leur faute – et non celle de la société. Elles se culpabilisent.
L’affirmation d’une « égalité-déjà-là » ne représente pas seulement un mensonge, c’est un poison qui entre dans l’âme des femmes et détruit leur estime d’elles-mêmes, leur croyance souvent fragile qu’elles sont des individus à part entière – et pas à moitié. L’un des enjeux du féminisme actuel consiste donc à éclairer cette situation, à montrer que dans aucun pays et dans aucun rapport social les dominants ne renoncent de bon gré à leurs privilèges. Il faut pousser les femmes à la lutte, et pour cela – c’est peut-être le plus difficile – les convaincre qu’elles le valent bien.
Partout se sont mis en place des barrages idéologiques à toute action en faveur de l’égalité substantielle... au nom de l’égalité elle-même. En France, la classe politique – gauche et droite confondues – et une partie de l’intelligentsia s’appuient sur le concept de république pour s’opposer à toute revendication des groupes qui se sont constitués en raison d’une oppression partagée comme les femmes, les homosexuels, les ouvriers, les victimes du racisme. Toute mention de catégories ou de groupes est réputée contraire à l’esprit de la république, et donc contraire à l’esprit de l’égalité. Tel est le syllogisme qui a été opposé à la proposition de quotas (de 25 %) pour les femmes sur les listes électorales par le Conseil constitutionnel en 1982.
C’est au nom de l’universalisme républicain que la campagne pour la parité a été attaquée ; on pouvait certes reprocher à celle-ci son argumentaire essentialiste, mais pas de vouloir corriger une discrimination indéniable dans l’accès aux fonctions électives. De même, les homosexuels ou les descendants d’immigrés sont parfois soupçonnés de comploter contre les principes républicains, alors que, réunis par une communauté d’exclusion, ils ne demandent qu’à y entrer, dans cette république ! Ainsi, entretenant la confusion entre l’égalité proclamée et l’égalité réelle, certains finissent par transformer la république en arme contre l’égalité réelle. Rappeler que l’égalité constitue un idéal à construire contre une réalité faite d’inégalités demeure un enjeu majeur du féminisme.
Un mouvement ne consiste pas seulement à avancer sur une route mais à la tracer, la cartographie de l’oppression et le dessin de la libération ne sont jamais terminés. Plus interne au mouvement féministe, l’un des objectifs cruciaux vise à retrouver l’élan lié à la spécificité de ses principes de non-mixité. Ceux-ci font du mouvement féministe un modèle d’auto-émancipation où les opprimé-e-s non seulement luttent pour leur libération, mais la définissent.
Les luttes féministes sont plurielles (pour l’avortement, les droits des lesbiennes, contre les violences, etc.), diverses dans leurs formes d’organisation (groupes locaux, fédérations nationales comme Solidarité-femmes, coalitions comme le Collectif national pour le droit des femmes [CNDF], commissions dans des ligues ou des organisations non gouvernementales [ONG] internationales). Une grande partie de l’action féministe se fait dans des groupes composés de femmes et d’hommes : qu’il s’agisse de groupes mixtes par choix – comme MixCité, le Collectif contre le publisexisme, la Meute – ou de fait, comme les commissions femmes dans les syndicats ou dans les ONG, dans les groupes ou les partis.
Cette mixité est nécessaire au rayonnement de l’action féministe, à sa présence dans un grand nombre de lieux tant militants qu’institutionnels – les études féministes par exemple se développent dans la recherche et l’université. Ces relais mixtes sont à la fois le signe de la capacité de l’action féministe à gagner une large audience, et la condition de sa réussite à exercer une influence.
La non-mixité n’est pas pour autant obsolète. Tant s’en faut. Quand elle a été inventée en 1970, celle du Mouvement de libération des femmes (MLF) a choqué l’ensemble de la société, y compris les féministes de la génération précédente. Car la non-mixité est née d’une rupture théorique qui remet en cause les analyses antérieures sur la subordination des femmes : il n’est plus question d’une « condition féminine » dont tous, femmes et hommes confondus, nous pâtirions également, mais de l’oppression des femmes.
Obtenir des lois n’était pas la préoccupation majeure du MLF. Son but était autrement ambitieux, autrement utopique. Les lois ont été le sous-produit bienvenu d’un travail gratuit – sans finalité concrète immédiate, comme la recherche fondamentale. Et si ce sous-produit a vu le jour, c’est aussi parce qu’il ne constituait pas le but ultime, ou plutôt parce que la barre était placée plus haut. Cette ambition « irréaliste » – se permettant de mettre entre parenthèses l’efficacité immédiate – a finalement donné un élan tel que des choses ont été gagnées dans la réalité.
La campagne d’alors pour recriminaliser le viol est issue de la réflexion des groupes dits de « prise de conscience ». Avec la mise en commun et le partage de leurs expériences, les femmes découvraient ainsi que leurs problèmes n’étaient pas particuliers, et n’avaient donc pas de solution individuelle.
De même, la critique de la sexualité a permis la campagne pour le droit à l’avortement, pour la recriminalisation du viol, contre la violence masculine dans les couples. Elle prenait à bras-le-corps les théories savantes et de vulgarisation sur la sexualité, et les déclarait nulles et non avenues, comme autant de rationalisations de la domination masculine. Actuellement, cette critique est devenue quasi inaudible devant le retour vengeur d’un érotisme patriarcal avec la banalisation de la prostitution, de la pornographie, et du sado-masochisme, qui est leur substrat commun. Trente-trois ans après, le mouvement féministe vit toujours sur les renversements de perspective accomplis dans les premières années grâce à la pratique non mixte. Celle-ci se révèle nécessaire parce que les hommes n’ont pas le même intérêt – ni objectif ni subjectif – à lutter pour la libération des femmes. Mais surtout parce que les opprimé-e-s doivent définir leur oppression et donc leur libération elles/eux-mêmes, sous peine de voir d’autres les définir à leur place . Et il est impossible de le faire en présence de personnes qui, d’une part, appartiennent au groupe objectivement oppresseur et, d’autre part, ne savent pas, et ne peuvent pas savoir, sauf circonstances exceptionnelles, ce que c’est que d’être traitée comme une femme – comme un-e Noir-e, comme un pédé, comme un-e Arabe, comme une lesbienne – tous les jours de leur vie. Aucun degré d’empathie ne peut remplacer l’expérience. Compatir n’est pas pâtir.
Bien sûr, les hommes ont un rôle dans le mouvement féministe, mais il ne peut pas être le même que celui des femmes. Or la non-mixité est déconsidérée, parfois même vue comme un stade archaïque du mouvement, qui serait dépassé. Même dans les groupes non mixtes, on n’en tire pas forcément parti, et le respect de l’ordre du jour prend le pas sur la mise en commun des expériences. Résultat, beaucoup de femmes tiennent sur leur propre oppression un discours désincarné. Or, si elle n’est pas alimentée par la conscience vécue, quasi charnelle, de la réalité de l’oppression, la lutte politique devient un combat philanthropique.
Quand des femmes deviennent les philanthropes d’elles-mêmes, ne se souviennent plus ou veulent oublier qu’elles sont les humiliées et les offensées dont elles parlent, la force n’est plus avec elles. Garder, retrouver les sources de cette force représente aussi l’un des défis du nouveau siècle pour le mouvement féministe. Et pour tous les mouvements d’opprimés.
Historiquement dans les sociétés pré-modernes, la femme a été généralement exclue de nombreuses sphères qui lui sont aujourd’hui "accessibles" (politique, économique, militaire , etc.)
On se rappelle à ce titre que dans la cité grecque antique, la femme n’avait pas le droit de vote ; bien que libre, elle n’était pas en droit de se mêler aux affaires économiques de la cité car le droit de vote nécessitait de payer l’impôt. La femme a été souvent cantonnée à un devoir domestique où le travail comme moyen de subsistance et de protection du foyer incombait le plus souvent à la responsabilité des hommes (plus ou moins vrai face à l’agriculture). Les femmes étaient souvent traditionnellement entièrement à la charge de leur époux après avoir été à celle de leurs parents.
Une femme dans les mentalités de l’époque ne produisait qu’une descendance (voire une dot). Ce faisant historiquement, les femmes étaient privées bien souvent entres autres du droit de vote, du droit de gestion de ses revenus et de ses comptes , du droit de divorce et de l’accès à certains espaces exclusivement réservés aux hommes.
Si un large consensus à ces époques - autant des femmes que des hommes sur ce mode d’organisation sexiste de la société - était établi, son inadéquation - avec les mœurs et l’évolution de la société - devenait de plus en plus apparente. Certains corpus législatifs des religions le montrent bien par leur évolution : Reconnaissance des femmes et interdiction - proclamée par Jésus de Nazareth - de les répudier puis droit de divorce et protection accordés du prophète Mahomet, puis protestantisme et prêtrise accordés aux femmes, etc.
Ainsi, l’apport du féminisme du XXe siècle se manifeste par la réhabilitation inconditionnelle et universelle des droits des femmes qui, au vu de l’évolution de la société, est devenue l’une de leurs principales attentes. A celà il est bon de comprendre que l’organisation de la société pré-féministe, largement sexiste, reposait sur un consensus largement établi mais qui, tout au long de l’histoire, s’est vu remettre en question pour aboutir à une abolition progressive au XXe siècle, avec par exemple la Déclaration universelle des droits de l’homme - et de la femme -.
La révolution française et le droit des femmes Articles détaillés : Société des Républicaines Révolutionnaires et Société fraternelle de l’un et l’autre sexe.
Le terme "féminisme", longtemps attribué à tort à Fourier, ne date en réalité que de 1874. Mais c’est au cours de la révolution française que naît le mouvement de revendication sociale et politique qu’il désigne, de nombreuses femmes prenant alors part aux actions et aux débats révolutionnaires, et des hommes et des femmes réclamant l’égalité entre les sexes du statut politique et social.
Malgré les contributions féminines à la rédaction des cahiers de doléances et le rôle que jouent les femmes du peuple parisien - notamment lors des manifestations d’octobre 1789 pour demander du pain et des armes -, les femmes ne se voient pas attribuer de droit particulier dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ; et si le nouveau régime leur reconnaît une personnalité civile, elles n’auront pas le droit de vote à cette époque.
Elles n’en continuent pas moins à investir l’espace public, organisées en clubs mixtes ou féminins et en sociétés d’entraide et de bienfaisance, et participent avec passion -à l’instar des hommes- à toutes les luttes politiques de l’époque. Parmi les personnalités féminines notoires des débuts de la Révolution, il faut retenir Olympe de Gouges qui publie en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et Théroigne de Méricourt qui appela le peuple à prendre les armes et participant à la prise de la Bastille, ce dont elle sera récompensée par le don d’une épée par l’Assemblée nationale. C’est par des femmes comme Claire Lacombe, Louison Chabry ou Renée Audou que fut organisée la marche sur Versailles qui finit par ramener Louis XVI dans la capitale.
Toutes deux proches des Girondins, elles connurent une fin tragique : Théroigne de Méricourt devenant folle après avoir été fouettée nue par des partisanes de leurs adversaires et Olympe de Gouges, guillotinée. On peut remarquer que si les femmes ont été privées du droit de vote, cela ne les a pas préservé des châtiments réservés aux hommes et nombreuses connurent la prison ou l’échafaud suite à leurs actions publiques ou politiques.
À partir de 1792, l’entrée en guerre de la France conduit certaines à se battre aux frontières tandis qu’en 1793 se développe à Paris un extrémisme féminin, porté par des femmes du peuple parisien proches des sans-culottes. Les deux cents femmes du Club des citoyennes républicaines révolutionnaires créé le 10 mai 1793 par Claire Lacombe et Pauline Léon, les « tricoteuses », occupent les tribunes publiques de la Constituante et apostrophent les députés, entendant représenter le peuple souverain. Leurs appels véhéments à la Terreur et à l’égalité, leur participation à la chute des Girondins et les autres manifestations spectaculaires des « enragées » allaient leur valoir une image de furies sanguinaires qui nourrirait longtemps les répulsions du pouvoir masculin. Claire Lacombe propose d’armer les femmes.
Cependant, plus que les excès d’une violence largement partagée à l’époque, ce sont d’abord les réticences des hommes au pouvoir qui excluent ces femmes de la sphère politique. La plupart des députés partagent les conceptions exposées dans l’Émile de Rousseau d’un idéal féminin restreint au rôle de mères et d’épouses, rares étant ceux qui, comme Condorcet, revendiquent le droit de vote des femmes au nom de la lutte contre le despotisme et l’esclavage.
En novembre 1793, toute association politique féminine est interdite, mais les femmes vont cependant continuer à jouer un rôle jusqu’à l’insurrection du printemps 95, dont le mot d’ordre est « du pain et la Constitution de 93 », avant que la répression généralisée qui marque la fin de la Révolution ne mette un terme provisoire à cette première prise de parole politique, pour les femmes comme pour les hommes.
Échos en Grande-Bretagne
En 1792, une femme de lettre britannique, Mary Wollstonecraft fait paraître « Vindication of the Rights of Woman », un ouvrage traduit en français la même année sous le titre de « Défense du droit des femmes ». L’auteur, qui participe aux débats passionnés suscités outre-Manche par la Révolution en France, n’hésite pas à y rapprocher le mariage de la prostitution. Elle oppose et rapproche l’exploitation dont sont victimes les femmes les plus pauvres, contraintes au travail salarié ou à la rémunération de leurs services sexuels, au sort des jeunes femmes de la petite et moyenne bourgeoisie privées de toutes perspectives professionnelles par les préjugés et le défaut d’éducation, et réduites à faire un beau parti.
Mary Wollstonecraft sera vite oubliée en France, avant d’être redécouverte par Flora Tristan en 1840.
Socialisme et affranchissement des femmes
En France, un féminisme militant va se développer à nouveau dans les milieux socialistes de la génération romantique, en particulier chez les saint-simoniens de la capitale. Des femmes y adoptent des modes de vie libres, souvent au scandale de l’opinion publique ; elles réclament l’égalité des droits et participent à l’abondante littérature de l’époque, comme Claire Démar qui publie en 1833 son Appel au peuple sur l’affranchissement de la femme.
Sur le plan politique, la constitution de la Monarchie de Juillet privant de ses droits la majorité de la population, leur combat rejoint celui des premiers défenseurs des ouvriers et des prolétaires, mais elles se mobilisent aussi contre le statut civil de la femme, soumise en matière juridique et financière à son mari — « La femme doit obéissance à son mari » affirme le Code civil — et pour le rétablissement du divorce interdit par la Restauration (1816). La Révolution de 1848 est un moment fort qui permet au féminisme de s’exprimer publiquement à travers des associations actives ; après l’échec de la révolution sociale, leur participation à ces événements et leurs prises de position vaudront à certaines militantes féministes de partager le sort des proscrits. Suffrage parade, New York City, 6 mai 1912 Suffrage parade, New York City, 6 mai 1912
Premières organisations et suffragettes
Dans les années 1820, les premières organisations féministes ont vu le jour aux États-Unis : La Female Anti-slavery Society dénonçait l’esclavage ; l’American Female Moral Reform Society voulait lutter contre la prostitution et l’alcoolisme.
Une cinquantaine d’années plus tard, d’autres mouvements dits des Suffragettes (1865) apparaissent, tout d’abord en Grande-Bretagne puis aux États-Unis. Les féministes américaines revendiquèrent l’égalité des droits civiques. En 1869, l’État du Wyoming autorise le suffrage féminin, suivi en 1911 de la Californie. En 1920, le 19e amendement est ratifié au niveau fédéral : toutes les américaines obtiennent le droit de vote (deux ans après les Anglaises).
Le XXe siècle
La première manifestation internationale des femmes a lieu le 8 mars 1911, suite à une proposition de Clara Zetkin. La revendication principale est le droit de vote.
À partir des années 1960, aux États-Unis, l’égalité des droits progresse. En 1963, la loi sur l’égalité des salaires (Equal Pay Act) est votée. Le 2 juillet 1964, la loi sur les droits civiques (Civil Rights Act) abolit théoriquement toute forme de discrimination aux États-Unis. Mais c’est à partir des années 1970, avec la contestation sociale née dans l’université de Berkeley en Californie, que les revendications féministes se structurent en véritables mouvements, tels que le Women’s Lib et le MLF en France, puis prennent de l’expansion.
Les dernières décennies
Avec les années 1980, les mouvements féministes, après les avancées de la décennie précédente, connaissent une pause. Désormais les femmes votent partout dans le monde occidental dont les parlements de pratiquement tous les pays ont voté des lois sur le divorce et sur la légalisation de la contraception et de l’avortement, qui furent les principales luttes des années 1970. Le développement du secteur tertiaire a permis une entrée massive des femmes dans de nombreuses professions, bien qu’en général à des niveaux subalternes. La volonté des milieux d’affaires de trouver simultanément de nouveaux consommateurs et de nouveaux salariés à mettre à la tâche y a possiblement contribué.
À priori, il semble qu’une certaine parité soit acquise. Cependant au regard des études qui ont été faites et publiées lors de la Conférence de Pékin, promue par l’ONU en 1995 dans le but de faire le bilan de la condition féminine dans le monde, on a pu s’apercevoir que ce n’était pas le cas dans de nombreux pays ; même en occident, la question reste controversée.
On se souviendra en France de la grève des mères, durant laquelle les hommes en soutien des féministes ont gardé les enfants quand les femmes sont parti manifester. Le féminisme moderne se prête à diverses interprétations.
Le féminisme analyse la condition féminine dans l’Histoire et dans le monde contemporain en suivant la réflexion initiée par Simone de Beauvoir, l’une des premières féministes qui revendiqua en France l’égalité des droits entre hommes et femmes. Dans Le Deuxième Sexe, elle affirme : « On ne naît pas femme, on le devient » ; c’est la construction des individualités qui impose des rôles différents, selon le genre, aux personnes des deux sexes.
Le féminisme affirme exister depuis toujours afin de lutter contre l’usurpation masculine de l’universalité. Selon cette définition, l’identité humaine n’est pas composée de deux identités, féminine et masculine, mais bien d’un humain unique qui se différencie en homme ou en femme.
Les analyses, plus pragmatiques, du féminisme américain, plus radical, naissent de la distinction entre le sexe et le genre. Elles posent que l’être humain est universel donc que l’identité sociale du genre féminin ou masculin est la résultante historique de l’oppression d’un sexe sur l’autre
Selon un autre courant de la pensée féministe, l’approche du problème est essentiellement de nature socio-économique et tient à la répartition des rôles entre les sexes. Selon cette théorie, le désavantage des femmes dans les sociétés tiendrait à ce que sont les hommes qui, historiquement, devaient pourvoir à la nourriture. Les femmes, occupées à la reproduction, au maternage et aux travaux domestiques qui entourent ces fonctions, ne se seraient jamais vues reconnaître l’importance, jugée marginale par les hommes, lointain héritage des sociétés de chasseurs de la préhistoire, de ces fonctions et de ce "travail invisible". Lorsqu’elles entrent massivement sur le marché du travail, au XXe siècle, sans avoir plus le pouvoir d’en négocier équitablement les règles qu’en avaient eu les ouvriers avant elles, elles se trouvent contraintes à subir ce que leur impose un patriarcat toujours en pleine forme[réf. nécessaire] , d’où la nécessité de repenser radicalement les fondements de la vie sociale commune aux hommes et aux femmes.
Les religions et les femmes
Dans l’ensemble, les religions sont perçues par les féministes comme défavorables aux femmes et sont accusées de leur réserver dans la société une place secondaire et un sort peu enviable[réf. nécessaire]. En s’attaquant aux systèmes religieux, les féministes ont pu en pratique contester plus aisément les positions conservatrices de la société en général. Ironiquement, les femmes ont souvent été des personnages clefs dans l’histoire des religions, alors qu’à l’inverse les religions ont parfois participé à l’émancipation de la femme dans la société.
* L’Église catholique n’admet pas la confusion des rôles masculin et féminin[réf. nécessaire], exclut les femmes de l’ordination, interdit le divorce[6], ne permet ni la sexualité en dehors de l’union du couple, ni l’avortement, ni même la contraception par des méthodes non naturelles. Elle a cependant, dès l’origine, proscrit la polygamie et la répudiation qui étaient des pratiques normales dans le monde antique.
Article détaillé : L’Église catholique et les femmes aujourd’hui.
* L’islam n’admet pas la confusion des rôles masculin et féminin, ni la sexualité en dehors de l’union du couple. Elle fut néanmoins la première religion du livre à offrir une possibilité de divorce (sous certaines conditions) à l’initiative de l’épouse. L’islam permet l’avortement dans certaines situations précises.
Article détaillé : Rapport entre les hommes et les femmes en islam.
* Le judaïsme assigne des rôles traditionnels précis aux hommes et aux femmes, en particulier chez les juifs orthodoxes : les femmes n’ont généralement pas accès au rabbinat et sont perçues comme « impures » pendant leur période menstruelle. Les relations sexuelles hors mariage sont prohibées et les couples doivent se soumettre aux règles de la niddah (« lois de la pureté familiale »). Le divorce et la répudiation sont permis mais découragés. L’avortement est strictement limité, la contraception interdite. La polygamie, traditionnellement permise, est maintenant interdite.
Articles détaillés : La femme dans le judaïsme et Nidda.
* Le protestantisme a, dans l’ensemble, une attitude plus ouverte à l’égard des femmes. Cependant, si certaines églises protestantes paraissent plus libérales, d’autres, en particulier celles suivant le mouvement évangéliste américain, sont tout aussi strictes sur le plan de la sexualité.
Cent ans de féminisme Sophie Bessis, journaliste indépendante (Paris).
Premier bilan après Beijing
Cinq ans après la conférence mondiale sur les femmes de Beijing, qui a rassemblé quelque 30 000 personnes de 189 pays, l’Assemblée générale des Nations unies doit se réunir en session spéciale du 5 au 9 juin 2000 à New York, afin de dresser le bilan des engagements pris en 1995 sur 12 thèmes prioritaires. Parmi eux figuraient notamment la sécurité des femmes, l’accès aux ressources économiques, la qualité des services éducatifs et des soins de santé, la participation paritaire des femmes aux responsabilités politiques et économiques ainsi que la promotion des droits humains. Par ailleurs, l’idée d’une Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence a été lancée le 8 mars 2000, à l’initiative de la Fédération des femmes du Québec. Dans ce cadre, environ 4 000 associations de 153 pays organisent des manifestations. Un grand rassemblement est notamment prévu devant le siège des Nations unies à New York le 17 octobre 2000, à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.
www.un.org/ womenwatch/daw (site des Nations unies sur les femmes) www.ffq.qc.ca (site de la Fédération des femmes du Québec)
"J’ai longtemps hésité à écrire un livre sur la femme. Le sujet est irritant, surtout pour les femmes." Simone de Beauvoir, écrivaine française (1908-1986)
Tout au long du XXe siècle, des femmes ont bataillé pour leurs droits. Au cours des dernières décennies, leur combat est devenu vraiment mondial. Il continue, partout.
On entend souvent dire que le xxie siècle sera celui des femmes, tant a été rapide l’évolution de leur condition dans les dernières décennies de celui qui s’achève. S’il est bien tôt pour confirmer cette prédiction, on ne prend guère de risques en affirmant que le XXe siècle aura été celui de leur combat pour sortir du foyer, où l’ancestrale division sexuelle des rôles les avait confinées. Partout dans le monde, il a été rythmé par les luttes que les femmes ont menées pour acquérir les droits dont elles étaient privées et pour construire — avec les hommes — l’avenir de la planète. Certes, l’Histoire avait déjà connu de telles luttes, bien que ses versions officielles aient pris le parti de les occulter. Mais les brèves révoltes de cette « minorité » particulière, qui compte dans ses rangs plus de la moitié de l’humanité, n’ont nulle part changé la place des femmes au sein de leurs sociétés. Elles pouvaient régner sur la maison, bénéficiant parfois d’égards non négligeables ; elles n’en restaient pas moins nées pour servir les hommes et mettre au monde la descendance de leurs époux.
Leur premier combat : l’éducation Au XXe siècle en revanche, alors qu’elle paraissait figée, légitimée par tous les dieux ou par un ordre « naturel » tout aussi contraignant, la répartition traditionnelle des rôles commence à craquer de toutes parts sous le double effet de la modernisation du monde et des combats des femmes pour leur émancipation collective. Elles ont conduit bien des batailles pour obtenir progressivement, de conquêtes en régressions, une évolution de leur statut qui est loin d’être achevée. Leur premier combat du siècle est celui de l’éducation. De France où la première bachelière sort du lycée en 1861, au Japon où la première université féminine est créée en 1900, à l’Egypte où les filles accèdent à partir de 1900 à l’école secondaire, ou à la Tunisie où la première école pour filles ouvre ses portes la même année, les femmes qui le peuvent s’engouffrent dans la brèche que l’instruction leur entrouvre. Pas seulement pour être de meilleures gestionnaires du foyer et de bonnes éducatrices de leurs fils, comme le suggèrent les discours dominants de l’époque, mais pour faire autre chose que ce qu’elles ont toujours fait, pour investir l’espace public et accéder aux sphères qui leur sont interdites, de l’exercice de la citoyenneté à celui de la politique. Tout au long du XXe siècle, les femmes ont mené leurs luttes sur deux fronts, se battant pour obtenir des droits et participant aux grands mouvements d’émancipation sociale et politique qui l’ont ponctué. Croyant au pouvoir libérateur de ces derniers, elles n’ont souvent repris leurs combats spécifiques que quand les nouveaux maîtres de leurs pays les renvoyaient dans leurs foyers. De la Russe bolchévique Alexandra Kollontaï, première femme à faire partie d’un gouvernement en 1917, à l’Américaine noire Rosa Parks qui refuse en 1955 de céder sa place à un Blanc dans un autobus d’Alabama, déclenchant le mouvement des droits civiques, ou à Djamila Boupacha, héroïne de la guerre algérienne d’indépendance, elles ont pris part à toutes les luttes qui ont voulu mettre fin à toutes les oppressions, dont la leur, pensaient-elles. L’intimité qu’elles ont entretenue avec les révolutions a, toutefois, rarement payé les femmes de retour, et c’est en se battant sur le front de leurs propres droits qu’elles ont, en fait, engrangé leurs plus grandes victoires.
Lutte pour le droit de vote Les premiers mouvements féministes, qui apparaissent en Occident dès la fin du XIXe siècle, concentrent leurs actions dans le domaine du travail et des droits civiques. L’industrie a besoin d’une main-d’œuvre féminine qu’elle sous-paye par rapport à leurs homologues masculins. A travail égal, salaire égal, revendiquent les ouvrières américaines et européennes qui commencent à créer leurs propres syndicats et à multiplier les grèves. Si les progrès sont indéniables, on sait qu’après plus d’un siècle de batailles, l’égalité des salaires n’est pas encore acquise pour la majeure partie des femmes du globe. Le second mot d’ordre des pionnières du siècle concerne la participation à la vie civique, qui passe d’abord par l’obtention du droit de vote. La lutte est longue pour l’obtenir. Elle est parfois violente, comme celle des « suffragistes » britanniques qui descendent dans la rue pour tenter de l’arracher, ou des Chinoises, qui envahissent en 1912 le tout nouveau Parlement pour le réclamer. Acharnées partout, les résistances du monde politique cèdent progressivement devant la détermination des mouvements de femmes. C’est dans les pays scandinaves qu’elles deviennent le plus tôt, dès 1906 en Finlande, électrices et éligibles. La Première Guerre mondiale les ayant propulsées sur le devant de la scène, la plupart des Européennes obtiennent le droit de vote en 1918 et en 1919. Les Françaises et les Italiennes doivent attendre les lendemains de la seconde pour être enfin des citoyennes. Hors d’Occident, les femmes s’organisent aussi pour réclamer des droits. En Turquie, en Egypte, en Inde, des associations féminines voient le jour. En 1930, le premier congrès des femmes d’Orient se réunit à Damas pour revendiquer l’égalité. Durant toute cette période, des femmes proclament partout que, hors la maternité, elles veulent être « des hommes comme les autres » et que les hommes, les vrais, ne sauraient leur dénier ce droit.
Retrouver la maîtrise de leur corps La Seconde Guerre mondiale et les luttes de libération dans le Tiers-Monde font passer un temps au second plan leurs combats spécifiques. L’heure est aux luttes contre le fascisme, puis contre le colonialisme, qui mobilisent toutes les énergies. Des femmes s’y distinguent, ce qui ne suffira pas à établir les droits de leur sexe. Le monde continue pourtant de bouger. Avec les indépendances, de nombreuses femmes du Sud accèdent à l’école, au travail salarié et certaines, exceptionnellement, au monde fermé de la politique. Dans les pays occidentaux, l’après-guerre les voit investir massivement le marché du travail. Le décalage est de plus en plus considérable entre les réalités et des lois discriminatoires défendues par des pouvoirs exclusivement masculins. Modernité oblige, c’est encore en Occident que naît, dans le sillage du mouvement libertaire de 1968, la seconde génération du féminisme. Reprenant le flambeau des aînées, elle élargit leurs revendications. Car les féministes fin de siècle n’aspirent plus à être « des hommes comme les autres ». Contestant au « mâle blanc » sa prétention à représenter l’universel, elles ont pour ambition de devenir égales en demeurant des femmes. Né dans la classe moyenne américaine, le Mouvement de libération des femmes (Women’s Lib ou MLF) veut leur rendre la maîtrise de leurs corps. L’heure est à la lutte pour le droit à la contraception et à l’avortement dans les nombreux pays où l’une ou l’autre sont interdits, à l’autonomie, à l’égalité au sein du couple. « Le privé est politique » affirment les femmes en se réclamant du marxisme et de la psychanalyse. « Travailleurs de tous les pays, qui lave vos chaussettes ? » scandent les manifestantes des années 70 dans les rues de Paris. En France, la loi Veil qui autorise l’avortement déchaîne les passions en 1974. S’ils provoquent l’hostilité de nombreuses femmes du Tiers-Monde qui ne se reconnaissent pas dans ces combats « d’Occidentales » et veulent mener leurs propres luttes à leur rythme, les mouvements féministes ont toutefois donné un second souffle aux luttes des femmes dans le monde. Prenant acte des évolutions et proclamant leur intention de les accélérer, les Nations unies font de 1975 « l’année de la femme » et organisent à Mexico la première conférence internationale qui leur est consacrée. Déjà proclamée dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’égalité des sexes est réaffirmée par la Convention internationale de 1979 sur l’abolition de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, qui devient un précieux outil d’émancipation au Nord comme au Sud. Au fil des conférences organisées par l’ONU, à Copenhague en 1980, à Nairobi en 1985, à Pékin en 1995, femmes du Nord et du Sud trouvent des terrains d’entente, pour réclamer « un enfant si je veux, quand je veux » en refusant les injonctions des natalistes comme des malthusiens, pour revendiquer leur place dans des instances politiques qui décident sans elles de l’avenir du monde, pour lutter contre les régressions religieuses qui menacent leurs modestes conquêtes.
Misogynie de la classe politique Bien sûr, le combat des Koweïtiennes à qui l’on refuse le droit de vote ou des Indiennes contre l’infanticide des filles in utero ne peut être le même que celui des Américaines contre leurs fondamentalistes ou des Françaises contre la misogynie de leur classe politique. Empruntant des cours différents d’un continent à l’autre, n’ayant pas forcément les mêmes priorités, la lutte des femmes n’en est pas moins devenue mondiale au cours des dernières décennies. Depuis un quart de siècle, elles ont accru leur présence dans les espaces publics dont l’accès, cependant, ne leur est pas encore franchement ouvert. De l’Afrique à l’Asie, leurs organisations se sont multipliées et ont acquis de l’expérience. Mais leurs victoires restent incomplètes et l’avenir incertain. Du cauchemar des femmes afghanes aux résistances à l’égalité qui se manifestent dans les pays dits les plus avancés, les obstacles qu’elles rencontrent indiquent le chemin qui reste à parcourir. En verront-elles le terme au cours du siècle qui commence, et qui est censé être le leur ?
comprendre le mouvement féministe
les droits : un combat répété
le droit de vote
La révolution française pose le principe de l’égalité de tous, toutefois il n’est pas appliqué : les femmes n’ont pas accès au droit de vote. La Révolution a donc permis la mise en question de l’égalité entre hommes et femmes, sans aller pour autant au bout de sa démarche. Contrairement à l’Ancien Régime, elle reconnaît à la femme la personnalité civile.
A la fin du 19è siècle, aucune femme du monde occidental n’a encore obtenu les libertés civiles. Partout, le droit de vote lui est refusé. Les premières revendications, en France, naissent pendant la Révolution de 1848, avec la mise en place du suffrage universel réservé aux hommes. L’accession des femmes au droit de vote, tout au long du 19ème siècle, est repoussée, sous les motifs les plus contradictoires. L’éventualité de la participation des femmes à la vie publique, est écartée catégoriquement sous la pression des conservateurs, misogynes et hostiles. Les républicains redoutent, de leur côté, que les femmes, sous l’influence de l’église, par leurs voix, grossissent les rangs conservateurs, et fassent ainsi chanceler la République. Quand la lère guerre mondiale éclate, toute tentative de réforme est différée, alors qu’en 1913, les féministes semblaient en mesure de l’emporter. Une proposition de loi en faveur du droit de vote des femmes, à l’initiative des députés, au lendemain de la guerre est malheureusement rejetée par le sénat, dominé par les conservateurs. Au cours des années 20 et 30, de nouvelles initiatives parlementaires auront lieu, qui, toutes, se heurteront au blocage du sénat. La suppression par le régime de Vichy, instauré à la défaite de 1940, de tout système démocratique, va permettre paradoxalement l’apparition des femmes sur la scène publique. En effet, le rôle qu’elles ont joué dans la Résistance, les bouleversements sociaux consécutifs à la libération, les réactions contre le régime de Vichy et sa misogynie, vont donner enfin aux femmes le droit de vote et le droit d’être élue, par l’ordonnance du 21 avril 1944, signée par le Général de Gaulle.
le code civil
Le Code civil napoléonien de 1804, a eu incontestablement les conséquences les plus néfastes sur le statut de la femme. A l’époque, considéré comme un modèle imité dans de nombreux pays, il s’est pérennisé à bien des égards jusqu’à nos jours. En effet, ce Code civil est le reflet de la misogynie de son initiateur, Napoléon Bonaparte, pour lequel "la femme est donnée à l’hommee pour avoir des enfants ; elle est sa propriété, comme l’arbre à fruits est la propriété du jardinier". L’article 213, précise que "le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari". Le Code civil, tout au long du 19è siècle, a confiné la femme dans un statut de mineure à vie. Jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale, certaines mesures perdureront, ainsi dans la plupart des pays européens, la femme devra demander l’autorisation à son mari pour exercer une profession (jusqu’en 1965, précisément dans le cas de la France). Il existe de ce fait, de nombreuses obligations de l’épouse, découlant de l’application du Code civil : notamment, elle ne peut sans cette autorisation se présenter à un examen, s’inscrire dans une université, ouvrir un compte en banque, faire établir un passeport, passer un permis de conduire, se faire soigner dans un établissement. La femme est épouse et mère. Elle est entièrement définie au 19è siècle, par son rôle familial. La femme est le pivot du fondement de l’ordre social. Afin que la femme reste soumise à son mari, le législateur est particulièrement vigilant et veille sur ce sujet. La femme ne peut se soustraire à ses devoirs conjugaux, car le viol entre mari et femme n’étant pas reconnu. Le législateur réprime sévèrement l’infidélité de la femme, car elle est susceptible de porter atteinte à l’odre public, par l’introduction d’un étranger dans la famille, en mo
Traces de passage