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Ancrage : Point d'ancrage, lieu (abstrait) de fixation














L'amour, dans l'anxiété douloureuse comme
dans le désir heureux, est l'exigence d'un tout.
Il ne naît, il ne subsiste que si une partie reste
à conquérir.
On n'aime que ce qu'on ne possède pas
tout entier.
Marcel Proust

Man Ray - Hand on lips

" Je vous vois et vous me voyez,
J'ai une certaine conception de vous et vous de moi.
Je vois votre comportement et vous le mien.
Mais je ne vois pas, je n'ai jamais vu et ne verrai jamais votre expérience de moi ;
Pas plus que vous ne pouvez voir mon expérience de vous.
Je ne peux pas faire l'expéreince de votre expérience, ni le contraire.
Nous sommes l'un(e) et l'autre des hommes/des femmes invisibles.
Tous les hommes sont invisibles les uns des autres."
 France Culture - Voyages en psychiatrie - Août 2006
Mardi 24 juillet 2007
 source : éditions Corti

 
A Susan Gilbert Dickinson

Ressentir ton absence, Sue, est pouvoir.

Le stimulant qu’est le Deuil rend la plupart des Possessions mesquines.

Vivre dure toujours, mais aimer est plus fort que vivre.
Nul Cœur brisé qui ne soit allé plus loin que l’Immortalité.

Les Arbres tiennent la Maison pour toi tout le Jour et l’Herbe semble domptée.

Une Poule silencieuse hante les lieux avec des Poussins superstitieux – et par les Matins tranquilles un Coq frappe à ta Porte.

Regarder par là est Roman.

 Le Roman « sorti », une pathétique valeur s’attache au Rayon.

Rien ne s’en est allé, sauf l’Été, ni personne que tu connaisses.

Les Forêts sont à Demeure – les Montagnes, intimes la Nuit et arrogantes à Midi, et il y a dans l’air une Fluidité solitaire, pareille à une Musique en suspens.

D’un Deuil aussi divin
Nous n’inscrivons que le Gain,
Compensation pour la Solitude
Qu’un tel Délice a été.

Dis à Neddie qu’il nous manque et que nous chérissons le « Capitaine Jinks* ». Dis à Mattie que le Chien de Tim traite le Minet de Vinnie de tous les noms et que je ne le décourage pas. Elle doit revenir à la Maison, les chasser tous les deux et le compte sera bon.
Pour la Grande Mattie* et John, bien sûr, un vif souvenir.
J’espère que tu as chaud.

Je garde ta fidèle place.

Quelle que soit la foule, ta Porte de Diamant possède une solide Serrure.

Emily.


Susan –

Les actes les plus exquis à la fois requièrent et défient la gratitude, aussi le silence est-il tout l’honneur qu’ils obtiennent – mais pour ceux qui savent apprécier le silence, c’est exquisément suffisant –

Dans une Vie qui cesserait de deviner, toi et moi ne nous sentirions pas chez nous –

Pour les fidèles l’Absence est présence condensée.
Pour les autres – mais il n’en est pas d’autres –



           
           A Elizabeth Holland

La vitalité de vos syllabes compense leur rareté.

En général, il ne s’agit pas tant de Vie que de parler de la Vie. Si nous avions la moindre intuition de la Définition de la Vie, les plus calmes d’entre nous seraient des Fous !

Austin a décrit sa visite à sa façon, bien entendu inimitable.
J’espère que ces jeunes Hommes ont le soutien des Évangiles, bien que ce soit un Élixir obscur, dans des cas comme les leurs.
Austin a dit qu’il avait très honte de Mattie* – et elle avait très honte de lui, nous a-t-elle fait savoir. Ils forment un drôle de couple.
Je suis contente que vous aimiez votre Pasteur, bien que l’erreur d’aimer le nôtre** nous ait coûté fort cher.
Dieu semble bien plus amical à travers une Loupe chaleureuse.

Il y a une Colombe dans la Rue et je possède une Boue splendide – je sais par conséquent que l’Été approche.

 J’ai toujours été attachée à la Boue, peut-être à cause de ce qu’elle représente – peut-être, aussi, à cause du lien de l’Enfant avec les Tourtes primordiales.

Vinnie a arboré par trois fois des Joues fraîches, pour le Docteur – mais j’ai pensé qu’il me faudrait avoir le temps de changer les miennes, après sa visite –
C’est ce qui s’est passé.
J’espère que vous êtes tous deux saufs et en douce santé, et qu’à un stade de ma rapide vie, je vous reverrai.

Si nos immortels étaient des Mortels, aussi présents pour nous que la Nature, nous ne demanderions que peu d’Aumônes.

Emily
par Sidérale publié dans : Epistolaire
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Jeudi 24 mai 2007
"Écrire c'est entrer sans frapper à la porte"
dans une lettre à Pasternak

On ne guette pas les lettres
Ainsi – mais la lettre.
Un lambeau de chiffon
Autour d’un ruban
De colle. Dedans – un mot.
Et le bonheur. – C’est tout

(extrait de La lettre, Le ciel brûle, éditions Poésie / Gallimard, page 88)


Elle écrit à Anna Teskova en 1927 «  Tous mes amis me parlent de la vie comme les marins parleraient de pays lointains à des paysans […]. J’en conclu que je ne vis pas dans la vie, ce qui d’ailleurs est clair sans préambule. »

Oreilles obstruées,
Et mes yeux voient confus.
A ton monde insensé
Je ne dis que : refus.

extrait de mars, 1939, dans Le ciel Brûle,
éditions Poésie / Gallimard, page 202

Ecoutez, mon amour est léger.
Vous ne connaîtrez ni la douleur ni l'ennui.
Je suis tout entière dans tout ce que j'aime.
J'aime d'un même amour – de tout moi-même – et le bouleau, et le soir, et la musique, et Serioja, et vous.
Je reconnais l'amour à l'incurable tristesse, au "ah !" qui vous coupe le souffle.
Pour moi vous êtes un délicieux petit garçon, dont – malgré tout ce qu'on pourrait dire – je ne sais quand même rien,
excepté que je l'aime
dans"Vivre dans le feu"

Extrait d’une lettre du 31 décembre 1929 à Meudon

[…] Boris, avec toi je redoute chaque mot, voilà la raison de mon silence épistolaire. Car nous n’avons rien d’autre que les mots, nous y sommes condamnés. Car tout ce qui, avec d’autres, passe – sans mots, les mots sans voix, sans rectification par la voix. Le peu de chose prononcé (l’air a tout mangé) – est affirmé, muettement hurlé. Boris, d’ordinaire, dans toute relation humaine, les mots sont juste une main-forte, une béquille, une dernière extrémité, et l’extrémité l’est toujours – dernière. On dit bien – en guise d’adieu. Je ne sais pas si elle est vraiment de lui, mais Stépoune a eu une formule définitive : « Ce qui a perdu les romantiques, c’est d’avoir toujours été les derniers. » Chacune de nos lettres est la dernière. Tantôt – la dernière avant notre rencontre, tantôt – la dernière pour toujours. Peut-être est-ce d’écrire rarement que tout reprend à neuf – à chaque fois. L’âme se nourrit de la vie, ici l’âme se nourrit de l’âme, auto-dévoration, impasse. […]

Quinze Lettres de Marina Tsvetaeva à Boris Pasternak, éditions Clémence Hiver

Vanves, 26 octobre 1936

Chère Anna Antonovna,

Juste quelques mots : qu’en ces jours pénibles et le désert advenu de vos journées – je suis constamment avec vous, que si je n’ai pas écrit – c’était seulement en vertu de ma peur innée, ici légitimée, d’être de trop – qui, en effet à cette heure, n’est pas de trop ? tous, sauf celui qui n’est plus – je n’ai pas écrit parce que je n’ai rien à raconter, parce qu’en ces circonstances on ne doit pas écrire mais être là – en silence (aller au cimetière ensemble, comme je l’ai fait avec la mère du jeune Gronsky, dans ce vaste et merveilleux cimetière pareil à une forêt, le long duquel nous avions si souvent marché, lui et moi – en notre temps…) – parce qu’en ces circonstances, impossible de parler de soi et terrible – de l’autre.
Ne considérez donc pas ceci, chère Anna Antonovna, comme une lettre et de toutes ces lignes ne retenez que ces mots : je vous aime et pense à vous.

par Sidérale publié dans : Epistolaire
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Mardi 22 mai 2007
"Franz ne peut pas vivre. Franz n'a pas la capacité de vivre. Franz ne sera jamais en bonne santé. Franz va bientôt mourir.
Il est certain que la chose se présente ainsi : Nous sommes tous en apparence capables de vivre parce que nous avons eu un jour ou l'autre recours au mensonge, à l'aveuglement, à l'enthousiasme, à l'optimisme, à une conviction ou à une autre, au pessimisme ou à quoi que ce soit. Mais lui est incapable de mentir, tout comme il est incapable de s'enivrer. Il est sans le moindre refuge, sans asile. C'est pourquoi il est exposé là où nous sommes protégés. Il est comme un homme nu au milieu des gens habillés. Ce qu'il dit, ce qu'il est, ce qu'il vit n'est même pas la vérité. C'est une manière d'être qui est déterminée, qui existe en elle-même, débarrassée de tout l'accessoire, de tout ce qui pourrait l'aider à qualifier la vie –beauté ou misère, peu importe. Et son ascétisme est totalement dépourvu d'héroïsme, ce qui le rend, à vrai dire, plus grand et plus noble. Ce n'est pas un homme qui construit son ascétisme comme un moyen d'accéder à un but, c'est un homme qui est contraint à l'ascétisme par sa terrible lucidité, par sa pureté, par son incapacité à accepter le compromis."
Extrait d'une lettre adressée par Milena à Max Brod en août 1920
par Sidérale publié dans : Epistolaire
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Jeudi 17 mai 2007

Flaubert et Louise Collet, à qui il écrivait le 21 août 1853 :

 « Toi, je t'aime comme je n'ai jamais aimé et comme je n'aimerai pas. Tu es, et resteras seule, et sans comparaison avec nulle autre. C'est quelque chose de mélangé et de profond, quelque chose qui me tient par tous les bouts, qui flatte tous mes appétits et caresse toutes mes vanités. Ta réalité y disparaît presque. Pourquoi est-ce que, quand je pense à toi, je te vois souvent avec d'autres costumes que les tiens ? L'idée que tu es ma maîtresse me vient rarement, ou du moins tu ne te formules pas devant moi par cela. Je contemple (comme si je la voyais) ta figure toute éclairée de joie, quand je lis tes vers en t'admirant.

– Alors qu'elle prend une expression radieuse d'idéal, d'orgueil et d’attendrissement. Si je pense à toi au lit, c'est étendue, un bras replié, tout nue, une boucle plus haute que l'autre, et regardant le plafond.

– Il me semble que tu peux vieillir, enlaidir même et que rien ne te changera.

– Il y a un pacte entre nous deux, et indépendant de nous. N'ai-je pas fait tout pour te quitter ? N'as-tu pas fait tout pour en aimer d'autres ? Nous sommes revenus l'un à l'autre, parce que nous étions faits l'un pour l'autre.
Je t'aime avec tout ce qui me reste de coeur.

– Avec les lambeaux que j'en ai gardés. Je voudrais seulement t'aimer davantage afin de te rendre plus heureuse, puisque je te fais souffrir ! moi qui voudrais te voir en l'accomplissement de tous tes désirs. »

par Sidérale publié dans : Epistolaire
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Lundi 23 avril 2007

Emily Dickinson      Vers 1861

 

Cher Mr. Bowles ,

La  victoire vient tard,

Abaissée vers des lèvres froides

Trop saisies par le gel

Pour s’en soucier !

Quel goût exquis elle aurait eu !

Fût-ce une goutte !

Dieu était-il si avare ?

Sa table est dressée trop haut pour Nous

À moins de dîner sur la pointe des pieds !

Les Miettes – conviennent à de petits becs -

Les Cerises – aux Grives –

Le goûter doré de l’Aigle – les éblouit !

Dieu tienne Sa Promesse aux « Moineaux »,

Qui de peu d’Amour – savent jeûner !

Emily

par Sidérale publié dans : Epistolaire
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Ose




Red Archipel Radio

http://www.lastfm.fr/user/RedArchipel/





  Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson.

            Rebecca West

 


La traversée des apparences

"Faire du chemin...c'est d'abord une expérience physique.
Parfois, c'est aussi une expérience spirituelle...
c'est découvrir des paysages emblématiques :
des territoires sans rupture entre réel et imaginaire qui nous changent la vie.

Nos vies ne sont plus les mêmes depuis que nous sommes à Corvo, l'île de nos terres de danse."


«[...] nos livres tous les jours nous voient dans notre nudité intérieure.»

Olivier Bruley

 

 

La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.

E. CIORAN

 


 

En cette vie, où je suis mon sommeil,
Je ne suis pas mon sommet,
Qui je suis est qui je m'ignore et vit
A travers cette brume que vraiment je suis,
Toutes les vies que j'ai eues autrefois,
Dans une seule vie.
Je suis mer ; clapotis faible, rugissement vers les hauteurs,
Mais ma couleur provient de mon ciel élevé,
Et je ne me rencontre que lorsque de moi je fuis.

Qui donc guidait mes pas de jeune infant sinon
L'âme véritable qui se trouvait en moi ?
Attachée par les bras du corps,
Elle ne pouvait être plus.
Mais, sans nul doute, un geste, un regard, un oubli
Aussi, aux yeux de qui aurait bien regardé
La Présence Réelle sous le déguisement
De mon âme présente ici sans y prétendre.

Fernando Pessoa, poèmes ésotériques,

Christian Bourgois 1988, p. 39.

Fernando Pessoa dans Poezibao :
Fiche bio-bibliographique, extrait 1, extrait 2,





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