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Ancrage : Point d'ancrage, lieu (abstrait) de fixation














L'amour, dans l'anxiété douloureuse comme
dans le désir heureux, est l'exigence d'un tout.
Il ne naît, il ne subsiste que si une partie reste
à conquérir.
On n'aime que ce qu'on ne possède pas
tout entier.
Marcel Proust

Man Ray - Hand on lips

" Je vous vois et vous me voyez,
J'ai une certaine conception de vous et vous de moi.
Je vois votre comportement et vous le mien.
Mais je ne vois pas, je n'ai jamais vu et ne verrai jamais votre expérience de moi ;
Pas plus que vous ne pouvez voir mon expérience de vous.
Je ne peux pas faire l'expéreince de votre expérience, ni le contraire.
Nous sommes l'un(e) et l'autre des hommes/des femmes invisibles.
Tous les hommes sont invisibles les uns des autres."
 France Culture - Voyages en psychiatrie - Août 2006
Mardi 22 mai 2007

Un spectacle dont j'ai eu de beaux échos qui sera redonné à la rentrée prochaine, Claire Engel une comédienne et une metteuse en scène à suivre

Vivre (Montpellier) in ruedutheatre.info

DES CONNIVENCES DE L'ÉCRITURE AVEC LA VIE

Franz Kafka a connu Milena Jesenska, journaliste de gauche puis libérale, elle a été son amie et sa traductrice en tchèque. De leur rencontre est née une relation amoureuse et une liaison épistolaire qui durera deux ans. Dans une création intitulée Vivre, Claire Engel mêle les écritures de quatre auteurs et pose la question du sens à donner à l'existence et de l'importance d'être écouté.

Ils s'écriront des lettres lumineuses et sombres à la fois car la douleur y prendra vite place même si Milena restera liée à Kafka jusqu'à sa mort. Pourtant, elle ne sera jamais pour lui une candidate au mariage et ne menacera pas son désir d'écrire, ni son oeuvre, ne posant pas le choix crucial de vivre ou écrire à ce dernier. Comme si sans cohabiter avec la vie, l'écriture nécessitait tout de même une connivence vitale. De la vie conjugale qu'aurait pu mener Kafka et Milena, on ne sait presque rien, de leur passion et des mots de cette relation naît au contraire une série de confidences empreintes d'aveux d'impuissance, de destruction, et de tendresse.
 « L'imperfection à deux, on y est pas obligé. N'a-t-on pas des yeux pour se les arracher et un coeur à la même fin ? » écrit Kafka dans une lettre à Milena.

 Photo © DR

Dans Vivre, la mise en scène de Claire Engel mêle la sculpture, la vidéo, la danse et le théâtre pour poser sans détour la question de l'existence. La pièce se déroule dans le tumulte de trois personnages, un homme que l'on suppose être Kafka (Alex Selmane) et deux femmes, Edith Baldy (Milena) et Julie Laporte, laquelle danse tout au long du spectacle le tumultueux Tam- Tam de la vie et de ses passions. La vie, la mort, les pantins de fer ou de paille incarnent tour à tour les difficultés à vivre de chacun des personnages et évoquent leur fin. Un manège d'enfant tournant comme une horloge représente le temps et ses déséquilibres où le bonheur fait une apparition furtive tandis qu'une voix off, celle de Milena, argumente, critique, analyse ou dénonce.

La bestialité de l'être


Difficile de distinguer ici ce qui départage l'homme et la bête, mais dans cette approche du monde de Kafka, la prestation des comédiens a été à la hauteur de l?absurde désir de Vivre, qui est là en chacun de nous, depuis cette naissance qui donne à poser un regard sur le monde et son époque sur lesquels nous avons si peu de prise. De la faim, de la misère et du monde, puis de la mort, il est toujours question. Si la liaison de Kafka et Milena n'a duré que quelques mois, la pièce rejoint la biographie.

Que sait-on aujourd'hui de cette femme, née à Prague le 10 août 1896 et morte au camp de concentration nazi de Ravensbrück le 17 mai 1944 ?
La muse de Kafka était d'abord une femme engagée dans son temps, une journaliste lucide qui a accompagné de ses écrits les combats des démocrates tchèques et européens contre le nazisme. Elle a eu très jeune comme Kafka des relations difficiles avec son père et sa vie maritale fut un échec. De son passé de militante, la pièce laisse voir les écrits, de la filiation et de son rôle de mère, le jeu des acteurs livre l'existence. Dans les pas hésitants d'une sculpture en fer, déambulant dans un décor brouillé, certains passages de sa vie sont retranscrits comme un chao. Une chute. Celle d'une silhouette fragile et forte à la fois, « spectrale... comme dessinée à la craie ».

Que de tourment et de beauté dans cette pièce qui a dérangé la tranquillité de certains jusqu'à laisser une partie du public sceptique. Il n'est pas si simple de savoir s'abandonner à autant d'émotions à la fois.


Christelle ZAMORA (Montpellier)

Vivre
Textes de Milena Jesenska, Franz Kafka, Margaret Bubber-Neumann, Marina Tsvetaïeva
Mise en scène de Claire Engel
Compagnie Chagall sans M
Avec les comédiens Edith Baldy, Alex Selmane, Julie Laporte (danse)
Avec les collaborations artistiques de Mamad, Laurent Rojol, Thomas Godefroy, Eric Guennou, Julie Thomas.
par Sidérale publié dans : Théâtre
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  Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson.

            Rebecca West

 


La traversée des apparences

"Faire du chemin...c'est d'abord une expérience physique.
Parfois, c'est aussi une expérience spirituelle...
c'est découvrir des paysages emblématiques :
des territoires sans rupture entre réel et imaginaire qui nous changent la vie.

Nos vies ne sont plus les mêmes depuis que nous sommes à Corvo, l'île de nos terres de danse."


«[...] nos livres tous les jours nous voient dans notre nudité intérieure.»

Olivier Bruley

 

 

La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.

E. CIORAN

 


 

En cette vie, où je suis mon sommeil,
Je ne suis pas mon sommet,
Qui je suis est qui je m'ignore et vit
A travers cette brume que vraiment je suis,
Toutes les vies que j'ai eues autrefois,
Dans une seule vie.
Je suis mer ; clapotis faible, rugissement vers les hauteurs,
Mais ma couleur provient de mon ciel élevé,
Et je ne me rencontre que lorsque de moi je fuis.

Qui donc guidait mes pas de jeune infant sinon
L'âme véritable qui se trouvait en moi ?
Attachée par les bras du corps,
Elle ne pouvait être plus.
Mais, sans nul doute, un geste, un regard, un oubli
Aussi, aux yeux de qui aurait bien regardé
La Présence Réelle sous le déguisement
De mon âme présente ici sans y prétendre.

Fernando Pessoa, poèmes ésotériques,

Christian Bourgois 1988, p. 39.

Fernando Pessoa dans Poezibao :
Fiche bio-bibliographique, extrait 1, extrait 2,





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