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Ancrage : Point d'ancrage, lieu (abstrait) de fixation














L'amour, dans l'anxiété douloureuse comme
dans le désir heureux, est l'exigence d'un tout.
Il ne naît, il ne subsiste que si une partie reste
à conquérir.
On n'aime que ce qu'on ne possède pas
tout entier.
Marcel Proust

Man Ray - Hand on lips

" Je vous vois et vous me voyez,
J'ai une certaine conception de vous et vous de moi.
Je vois votre comportement et vous le mien.
Mais je ne vois pas, je n'ai jamais vu et ne verrai jamais votre expérience de moi ;
Pas plus que vous ne pouvez voir mon expérience de vous.
Je ne peux pas faire l'expéreince de votre expérience, ni le contraire.
Nous sommes l'un(e) et l'autre des hommes/des femmes invisibles.
Tous les hommes sont invisibles les uns des autres."
 France Culture - Voyages en psychiatrie - Août 2006
Lundi 11 juin 2007

Video Hakim Bey spécial TAZ - Tracks d’Arte

Publié le 9 juin 2007
par Wildo sur L'Archipel Rouge

Les trois parties du Spécial Pirates de Tracks. Hakim Bey et sa TAZ sont à l’honneur. Voir notre article sur la TAZ ici ...

Et les videos Tracks ...

par Sidérale publié dans : Sur L'Archipel Rouge
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Jeudi 7 juin 2007
Publié le 4 juin 2007
par Wildo
sur L'Archipel Rouge

TAZ Temporary Autonomous Zone

En publiant en 1991 cet ouvrage au nom étrange, Hakim Bay ne pensait pas qu’il allait déclancher une petite révolution. Désormais l’homme vit caché de tout regard, un peu dépassé par une notoriété qui l’encombre et peu enclin a parler de son livre. Sa démarche se voulait être un essai joyeux, a ne pas prendre plus au sérieux que cela. TAZ est devenu pourtant une référence incontournable dans le monde des solution sociétales parralèles, en particulier la Cyberculture. Une ouverture ludique, une fantaisie poétique sur l’agir et complètement en phase avec le web d’aujourd’hui.

La TAZ est donc une enclave insurectionnelle temporaire et invisible. Je pense qu’aujourd’hui on pourrait l’imaginer tout aussi insurectionnelle mais visible. Le 5 ème pouvoir, le notre, celui de l’a blogosphère politique par exemple, pourrait être considéré comme un archipel immense de TAZ. Mais plutôt que de parier sur la disparition et le côté volatile, j’aurai envie de dire qu’il nous faut au contraire être de plus en plus visibles et de plus en plus nombreux. Ainsi si l’un des maillons disparait pour une raison légale ou politique, les milliers d’autres restant en place continuent de faire leur travail d’information, de publication, de reflexions. De fait il deviendrait impossible pour n’importe quel pouvoir en place d’imaginer pouvoir éradiquer un tel archipel ... Et c’est tout l’enjeu des années a venir, surtout en France qui risque de connaître un durcissement sans précedant en ce qui concerne toute les mesures et les lois liberticides du net déjà mis en place par la droite et qui vont se poursuivre avec le régime Sarkosy.

Croissons et multiplions nous et surtout soyons accessibles, visibles !

Devenons la TAZ 2.0

Définition La TAZ (Temporary Autonomous Zone) désigne un système dont la forme éphémère serait garant d’une indiscutable indépendance. La TAZ peut être aussi un espace dédié avec des pratiques qui permettent de se libérer automatiquement des codes pré-établis par la société. La TAZ n’a pas besoin d’une forme physique pour exister. Le web regorge en son réseau de milliers de TAZ inconnues qui peuvent prendre des formes très diverses.

L’utopie Pirate moderne vue par Hakim Bay

La TAZ est le prolongement poétique des utopies Pirates de la fin du 18eme siècle, de ces communautés intentionnelles, ces micro sociétés qui ont fleuri dans des îles cachées. la plus connue étant celle de Libertalia au nord de Madagascar dont parle William Defoe dans son "Histoire générale des plus fameux pyrates". Beaucoup plus tard, la science fiction ou plutôt la cyber fiction avec Bruce Sterling, un des chantres du cyber espace, décrivit des sociétés déclinantes au sein desquelles prolifèrent des experimentations de modes de vies décentralisées. Toute cette diversité est supportée par le réseau, puis les reseaux dans les reseaux, les îles dans le reseau, comme le nom d’un de ses livres et qui aujourd’hui me font penser au metaverses et à Second Life en particulier. "La parcelle n’est plus la terre !!! " C’est exactement ce que nous experimentons sur la metaverse.

La TAZ c’est l’insurrection sans engagement direct, la guerilla qui libère une zone sans martyr et sans violence, se dissolvant et se reformant à loisir.

Frappez ! Fuyez !

La TAZ existe dans la marge d’erreur des abstractions prises comme des réalités. Elle n’attend rien, et surtout pas la révolution. Elle est volontairement non définie et non spectacularisée. Elle est le contraire de la simulation.

Quand la TAZ attaque elle s’attaque aux structures de contrôles, c’est a dire d’abord aux idées.

La TAZ prône l’insurrection plutôt que la révolution* ... Là où la carte est close ainsi que les solutions permanentes, là la TAZ est ouverte. Saturnales festives liberées du temps et du lien, rassemblement tribal, nomadisme psychique, détaché de tout centre, voyageurs psychiques, voyageurs du net, maîtres dans l’art de la tactique...

La TAZ est en permanence à la recherche d’espace, de nouveaux espaces, des espaces temps (géographiques, sociaux, imaginaires, culturels ...) ce qui ouvre la voie à la Psychotopologie ...

Tourbillon, coagulations, passages secrets, surprises. La TAZ capillarise entre le web et la réalité. L’horizonatlité des reseaux empeche tout sytème de contrôle Universel. La TAZ veut vivre dans ce monde et non pas dans l’idée d’un autre monde. Elle existe à l’intersection de nombreuses lignes de forces, attracteurs étranges, connections fractales, clandestinité et dérivations du pouvoir.

Publication

Le texte original a été publié en 1991 par Autonomedia POB568 Williamsburgh Station Brooklyn, NY11211-0568USA sous le titre : T.A.Z.The Temporary Autonomous Zone.Ontological Anarchy, Poetic Terrorism.

Première édition française, mai 1997, Éditions de l’Éclat, Paris. isbn 2-84162-020-4

"La TAZ (Temporary Autonomous Zone), ou Zone Autonome Temporaire, ne se définit pas. Des "Utopies pirates" du XVIIIe au réseau planétaire du XXIe siècle, elle se manifeste à qui sait la voir, "apparaissant-disparaissant" pour mieux échapper aux Arpenteurs de l’Etat. Elle occupe provisoirement un territoire, dans l’espace, le temps ou l’imaginaire, et se dissout dès lors qu’il est répertorié. La TAZ fuit les TAZs affichées, les espaces "concédés" à la liberté : elle prend d’assaut, et retourne à l’invisible. Elle est une "insurrection" hors le Temps et l’Histoire, une tactique de la disparition. Le terme s’est répandu dans les milieux internationaux de la "cyber-culture", au point de passer dans le langage courant, avec son lot obligé de méprises et de contresens. La TAZ ne peut exister qu’en préservant un certain anonymat ; comme son auteur, Hakim Bey, dont les articles "apparaissent" ici et là, libres de droits, sous forme de livre ou sur le Net, mouvants, contradictoires, mais pointant toujours quelques routes pour les caravanes de la pensée."


* Plutôt que d’attendre la fameuse révolution qui ne vient jamais et qui s’inscrit dans des cycles assez longs, soit en bout de course soit les initiants, HB prefère proposer l’insurrection plus rapide, plus vive et moins contrôlable.

par Sidérale publié dans : Sur L'Archipel Rouge
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Jeudi 7 juin 2007
Publié le 6 juin 2007
par dandi

Ce côté

Il y a de la lumière. nous ne la touchons ni ne la voyons. Dans ses clartés vides repose ce que nous voyons et touchons. Moi je vois avec le bout de mes doigts ce que mes yeux palpent : ombres, mondes. Avec les ombres je dessine des mondes, je dissipe des mondes avec les ombres. J’entends battre la lumière de l’autre côté.

Octavio Paz


in Ecrits Libres sur L'Archipel Rouge


http://www.archipelrouge.fr/
par Sidérale publié dans : à voix nue
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Mercredi 6 juin 2007

Patti Smith - 'People Have the Power'

Clip : Patti Smith - People have the power

People Have the Power


I was dreaming in my dreaming
of an aspect bright and fair
and my sleeping it was broken
but my dream it lingered near
in the form of shining valleys
where the pure air recognized
and my senses newly opened
I awakened to the cry
that the people / have the power
to redeem / the work of fools
upon the meek / the graces shower
it's decreed / the people rule

The people have the power
The people have the power
The people have the power
The people have the power

Vengeful aspects became suspect
and bending low as if to hear
and the armies ceased advancing
because the people had their ear
and the shepherds and the soldiers
lay beneath the stars
exchanging visions
and laying arms
to waste / in the dust
in the form of / shining valleys
where the pure air / recognized
and my senses / newly opened
I awakened / to the cry

Refrain

Where there were deserts
I saw fountains
like cream the waters rise
and we strolled there together
with none to laugh or criticize
and the leopard
and the lamb
lay together truly bound
I was hoping in my hoping
to recall what I had found
I was dreaming in my dreaming
god knows / a purer view
as I surrender to my sleeping
I commit my dream to you

Refrain

The power to dream / to rule
to wrestle the world from fools
it's decreed the people rule
it's decreed the people rule
LISTEN
I believe everything we dream
can come to pass through our union
we can turn the world around
we can turn the earth's revolution
we have the power
People have the power ...

Le Peuple A Le Pouvoir
Je rêvais dans mon rêve

D'une chose brillante et juste

Mon sommeil fut interrompu

Mais mon rêve demeurait là

Dans la forme des vallées rayonnantes

Là où je reconnais l'air pur

Qui a éveillé mes sens

 Je me suis réveillé au cri
 Sur les débonnaires des averses de grâce  

C'est décrété c'est le peuple qui gouverne   

 [Refrain]

 Le peuple a le pouvoir  

Le peuple a le pouvoir  

Le peuple a le pouvoir  

Le peuple a le pouvoir   

 Les caractères vengeurs sont devenus suspects

 Et se courbant comme si c'était pour entendre

 Et les armées ont cessé d'avancer  

Parce que le peuple a atteint leurs oreilles

 Et les bergers et les soldats  

Se trouvent sous les étoiles

 Échangent leurs visions  

Et abaissent leurs bras  

Pour gaspiller dans la poussière

 Dans la forme des vallées rayonnantes  

Là où l'air pur que je reconnais  

Et mes sens se sont éveillés

 Je me suis réveillé au cri que   

 [Refrain]     

Là où furent les déserts  

J'ai vu des fontaines  

Comme de la crème les eaux s'élever

 Et nous avons flâné ensemble  

Sans personne pour rire ou critiquer  

Et le léopard  Et l'agneau  

Vivent et bondissent ensembles

 J'espérais dans mon espoir  

Me rappeler ce que j'avais trouvé

 Je rêvais dans mon rêve  Dieu sait/ d'une vue inaltérée  

Alors que je dormais

 J'ai fait ce rêve pour toi   

 [Refrain]     

Le pouvoir de rêver/de gouverner  

D'arracher le pouvoir des mains des imbéciles  

C'est décrété le peuple gouverne  

C'est décrété le peuple gouverne  

ÉCOUTEZ  

Je crois que tout ce dont nous rêvons  

Peut se réaliser par notre union  

Nous pouvons faire tourner le monde autour de cette idée  

Nous pouvons faire tourner la Terre en sa révolution  

Nous avons le pouvoir  Le peuple a le pouvoir...

par Sidérale publié dans : Chansons
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Mardi 5 juin 2007
Aujourd'hui faire un choix...

Expo des beaux arts de Nîmes
Le vernissage est ce soir à 19 H, mardi 5 juin à la Maison du tourisme  rue Cité Foulc à Nimes sur la gauche en descendant des arênes vers le musée des beaux-arts.

Dernière Pochette surprise à 19H au Théâtre du Hangar à Montpellier, entrée libre, apporter quelque chose de comestible à partager

Val et Chantal seront à la salle Pétrarque pour une Danse/Textuelle à 21h45 dans le cadre des soirées proposées par la LGP.

Et Edith Azam participera à une lecture à Paris dans le cadre du 25° marché de la poésie

Périphérie V - Du son et du sens
Maison de l’Aquitaine Mardi 5 juin 18:30-22:00



Périphérie V - Du son et du sens


Christophe Manon, Édith Azam, Franck Doyen, Fabrice Caravaca, Sylvie Nève et Jean-Pierre Bobillot en duo, Anita J. Laulla, Bernard Collignon lira F. Mayröcker.

En avant-goût, à 18h30, cocktail du terroir

organisée avec la Maison de l’Aquitaine et les éditions L’Atelier de l’Agneau

Maison de l’Aquitaine

21 rue des Pyramides 75001 Paris

M° Pyramides (7) (14)

Entrée libre

par Sidérale publié dans : Agenda culturel
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Mardi 5 juin 2007

Le Président Sarkozy trahit l’esprit de la Constitution

Publié le 31 mai 2007, mise à jour le 1er juin 2007
par dandi

Le Président Sarkozy trahit l’esprit de la Constitution Jeudi, 31 Mai 2007

par Yves Barraud

"Nicolas Sarkozy l’a suffisamment répété lors de sa campagne électorale : il n’est pas favorable à une réforme de nos institutions. Pourtant, depuis le début de son mandat, le Président de la République prend bien des « libertés » avec la Constitution de 1958.

Nicolas Sarkozy veut être un « Président qui gouverne ». Ainsi, depuis le début de son mandat s’implique-t-il dans tous les grands chantiers qu’il a promis d’ouvrir lors de sa campagne électorale. À tel point que son omniprésence relègue au rang de « conseillers techniques » son Premier ministre François Fillon, et plus encore ses ministres. Pour preuve, ce matin Xavier Darcos, ministre de l’Éducation interviewé par Nicolas Demorand sur France Inter, n’a pas prononcé une seule fois le nom du Premier ministre. À en croire Darcos, la réforme de la « carte scolaire » étant un engagement électoral de Nicolas Sarkozy, elle sera conduite par Nicolas Sarkozy. Fermez le ban !

Qui est le « patron » du gouvernement, Sarkozy ou Fillon ?

Pourtant, l’article 20 de la Constitution précise que « le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation » et l’article 21 insiste sur le fait que « le Premier Ministre dirige l’action du Gouvernement ». En d’autres termes, il revient au Premier ministre de fixer les priorités, les objectifs et les moyens à mettre en œuvre pour diriger le pays. Selon les articles 20 et 21 de la Constitution, le Premier ministre est donc bien le « patron » du gouvernement. Mais dans les faits, il n’est pas certain que François Fillon ait la liberté d’assumer pleinement les prérogatives que lui confère la Constitution, qui fixe par ailleurs très clairement celles du Président de la République. L’article 5 est en effet on ne peut plus explicite : « le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son ARBITRAGE, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État ».

Sarkozy prend des libertés avec les articles 5, 20 et 21 de la Constitution

Notre Constitution attribue donc un rôle « d’arbitre » au Chef de l’État qui doit alors se conformer strictement aux termes du texte fondateur de la Ve République. Certes, sur Rénovation-démocratique, nous sommes favorables à l’implication du Président dans une bonne gouvernance du pays, en fixant les orientations stratégiques, en s’assurant que les objectifs sont atteints, que les risques sont gérés comme il faut et que les ressources sont utilisées dans un esprit responsable. Seulement voilà, Nicolas Sarkozy semble vouloir s’adjuger toutes les attributions de l’exécutif, alors que la Constitution lui reconnaît « l’arbitrage » comme principale mission. La nuance est de taille.

Constitution contournée pour une République "renouvelée"

Mais le Président n’est pas le seul à prendre quelques « libertés » avec la Constitution de la Ve République. Onze ministres du Gouvernement, dont le premier d’entre eux, François Fillon, sont candidats aux élections législatives. Il paraît même que celles et ceux qui ne seront pas élus le 17 juin prochain seront contraints d’abandonner leur fonction ministérielle. Pourtant, l’article 23 de la Constitution de 1958 précise que : « les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire (…) ». Alors, pourquoi les ministres se présentent-ils à des élections législatives « incompatibles » avec leur fonction au Gouvernement ?

Nicolas Sarkozy s’est déclaré favorable à une Ve République « renouvelée » ; il reste en revanche farouchement opposé à l’instauration de la VIe République (soutenue par tous les autres candidats au premier tour de l’élection présidentielle, notamment Ségolène Royal et François Bayrou). On comprend mieux maintenant le stratagème ! La Ve République « renouvelée » de Nicolas Sarkozy, c’est l’art et la manière d’interpréter les articles de la Constitution, de s’y conformer ou de les contourner, dans le seul but de renforcer son pouvoir personnel. Et ça, ce n’est pas ce qu’on appelle de l’abus de pouvoir ?"

Yves Barraud

*Source:http://www.renovation-democratique.org

par Sidérale publié dans : Sur L'Archipel Rouge
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Samedi 2 juin 2007

DE L’ÉMANCIPATION AMOUREUSE DES FEMMES DANS LA CITÉ

Publié le 2 juin 2007
par dandi

Cet article a été publié pour la première fois dans le n° 598 (Mars - Avril 1998, p. 85-112) de la revue Les Temps Modernes.

DE L’ÉMANCIPATION AMOUREUSE DES FEMMES DANS LA CITÉ LESBIENNES ET FEMINISTES AU XXe SIECLE

Marie-Jo Bonnet

Que l’Eros lesbien [1] ait partie liée avec la lutte pour l’égalité entre les sexes dans la cité ne nous étonnera pas. Signe d’une émancipation sexuelle d’inspiration païenne, sous la Renaissance, il est devenu au XVIIIe siècle le symbole d’une émancipation sociale et culturelle dangereuse qui sera brutalement réprimée au XIXe siècle par un pouvoir « patriarcal » qui a peur des lesbiennes, le dit et classe l’amour entre femmes dans la décadence sociale, le vice et la pathologie.

Que le féminisme se soit longtemps refusé à assumer l’Eros lesbien comme l’expression d’une conduite de liberté féminine ne nous étonnera pas non plus. Dès l’émergence des luttes pour les droits des femmes le patriarcat s’est servi de l’homosexualité féminine comme d’un rempart au féminisme. Il a agité l’épouvantail de la « virilisation » des femmes avec d’autant plus de succès que sans espace politique, sans droits et sans pouvoir, les femmes avaient intérêt à « rester femmes » si elles voulaient s’intégrer dans la société [2].

Liberté sexuelle-pouvoir politique. Bien que ces deux courants se soient développés séparément jusqu’à l’émergence de la révolte des femmes des années 70, l’histoire conflictuelle des rapports entre féministes et lesbiennes au XXe siècle montre que si la sexualité est le noeud de l’oppression des femmes, elle est aussi le levier de leur libération actionnant un pouvoir d’affirmation des femmes dans la cité parmi les plus puissants.

LE CLIVAGE FÉMINISME/LESBIANISME

L’exemple de « La Garçonne » des années 20 est tout à fait représentatif des possibilités ouvertes par les lesbiennes qui se referment avec des féministes ayant peur d’affronter l’opprobre social. La Garçonne est le titre d’un roman de Victor Margueritte publié en 1922 avec un tel succès qu’elle est devenue un modèle social d’émancipation féminine. Pourquoi ? Parce que pour la première fois dans un roman à visée féministe l’héroïne a une aventure homosexuelle. Cette aventure ne dure pas, évidemment, mais elle impose le fait lesbien comme le fait de la femme émancipée exactement comme le fait Freud à la même époque dans son article Sur la psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine où il établit une relation de cause à effet entre le féminisme et l’homosexualité de son « cas » : « ...la jeune fille avait rapporté de ses années d’enfance un " complexe de virilité " fortement accentué écrit-il. Vive, combative (...) elle était proprement, une féministe trouvait injuste que les filles n’aient pas le droit de jouir des mêmes libertés que les garçons et d’une manière générale se révoltait contre le sort des femmes [3] ». Monique Lherbier, la Garçonne est féministe. Elle travaille, elle est économiquement indépendante, elle lutte pour l’égalité avec les hommes, et elle est autonome érotiquement depuis que « sous le visage de la consolation celui de la jouissance était confusément apparu [4] » en l’occurence la jeune Niquette dont « la fougue amoureuse » lui fait oublier ses déboires avec son fiancé.

La révélation d’une jouissance homosexuelle équivalente à la jouissance hétérosexuelle fait d’autant plus scandale, que les femmes sont « surnuméraires », et qu’elles viennent d’être écartées de leurs droits politiques par la République malgré leur contribution remarquable à l’effort de guerre. Une femme a-t-elle le pouvoir de donner à une autre femme la jouissance que l’homme s’est toujours cru seul capable de lui donner ? Le succès extraordinaire remporté par le roman montre que Victor Margueritte a touché un problème de fond dont l’exposé romanesque ne satisfait cependant personne. Ni la grande majorité des féministes qui sont choquées de voir l’héroïne « se vautrer dans la débauche », ni des lesbiennes comme Natalie Clifford Barney qui se reconnaissent plus volontiers dans la figure de « l’Amazone » que dans celle d’une « garçonne », calquée trop visiblement sur le modèle masculin. La fin du roman consacrée à l’exaltation de la maternité rédemptrice aurait de quoi satisfaire les féministes. Mais l’aventure homosexuelle passe d’autant moins qu’elle met en jeu une image de la femme « virile » habilement manipulée par le pouvoir masculin comme repoussoir du féminisme. Que l’héroïne sacrifie sa féminité en se coupant les cheveux juste après avoir rencontré Niquette est une anecdote. Cela devient « protestation virile », signe d’une émancipation dangereuse dès lors qu’elle est suivie de l’aventure homosexuelle. D’où l’avertissement de l’auteur : attention Mesdames, votre émancipation vous conduit droit au vice.

Les féministes entendront très bien ce message. « Est-il nécessaire, indispensable, pour s’affranchir des préjugés religieux et de la contrainte maritale de se vautrer dans la débauche [5] », demande Marguerite Guépet lors d’un débat public sur La Garçonne Le rejet du lesbianisme va si loin, qu’aucune féministe ne soutiendra Victor Margueritte lorsque la Ligue des Pères de Famille réussira à le faire rayer de l’ordre de la Légion d’Honneur Dans les années 20, l’amour lesbien devient non seulement la face cachée et honteuse d’un féminisme qui se replie sur ses devoirs pour conquérir ses droits ; mais encore à une époque où Colette, Renée Vivien, Natalie Clifford Barney, Claude Cahun et Gertrude Stein osent attaquer la double morale [6](hétéro)sexuelle dans leur vie et dans leurs oeuvres, les « féministes intégrales » comme Madeleine Pelletier et Arria Ly sont tout juste capables de proposer la Virginité comme alternative au « masculinisme ».

Le clivage entre le féminisme et le lesbianisme, autrement dit entre le champ du politique et celui de la liberté sexuelle féminine, explique-t-il l’échec des féministes françaises à conquérir le droit de vote dans l’entre-deux-guerre ? On pourrait le penser devant le conformisme et la rigidité d’une pensée souvent rétrograde qui assimile le féminisme à la défense de la famille, se privant de la force contestataire d’un Eros lesbien qui doit obligatoirement s’attaquer aux normes et structures patriarcales s’il veut exister. Prises entre une gauche révolutionnaire qui conteste les institutions républicaines et un patriarcat nataliste qui fait voter dès 1920 une loi interdisant l’avortement et la propagande anti-conceptionnelle, elles ne voient pas l’importance de la liberté sexuelle dans la conquête d’une place dans la cité. Elles ne réagissent pas à la loi 192O, pourquoi légitimeraient-elles des lesbiennes considérées dans le meilleur des cas comme des inverties et dans les pires comme des vicieuses et des anormales [7] ? La défense de « Sodome et Gomorrhe » est le fait des écrivains et des artistes. Pas des politiques, ce qui explique pourquoi le clivage lesbianisme-féminisme cache une réalité encore plus inquiétante : celle du décalage entre les moeurs et la pensée féministe, entre les aspirations d’un grand nombre de femmes à conquérir une vie « libre et indépendante » et le vide politique qui les accueille. Comme le remarquera Olga Wormser : « Les garçonnes font irruption dans la littérature et dans la vie avec leur jupe courte, leurs cheveux courts, leurs revendications sexuelles pas plus neuves que celles des saint-simoniennes, ou celles des demi-vierges de Marcel Prévost. Aucune théorie sociale ne les étaye ; seulement le désir de " vivre leur vie "[8]. »

Ce refus de prendre en charge la liberté sexuelle des femmes aura des conséquences désastreuses en enfermant les femmes dans des domaines spécialisés qui interdiront aux lesbiennes présentes dans les luttes féministes et syndicales de se dévoiler. Mais tandis que les femmes mariées se réservent la lutte pour le droit de vote, les célibataires celle du syndicalisme, les lesbiennes et hétérosexuelles « affranchies » vont investir avec la culture un espace neuf qui deviendra le lieu d’une véritable libération sexuelle, sociale et culturelle permettant à des écrivains et artistes venues du monde entier d’inscrire le lesbianisme dans la modernité [9].

SIMONE DE BEAUVOIR : UN TOURNANT ?

Après la Deuxième Guerre mondiale, deux événements capitaux changent les données du problème.

- Le droit de vote accordé aux Françaises en 1944 par le Gouvernement provisoire du général de Gaulle qui ouvre le champ du politique aux célibataires.

- La parution en 1949 du livre de Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, qui pense la question de l’émancipation des femmes dans sa globalité, comme l’indique son titre, embrassant l’histoire, la mythologie, la culture, la sexualité, l’économie, toutes les situations sans oublier celle de « la lesbienne » à laquelle Simone de Beauvoir consacre un chapitre spécial dans la première partie intitulée « Formation ». Rarement le « deuxième sexe » avait suscité un tel effort de pensée de la part d’une philosophe. Une pensée qui prend le contre-pied des idées dominantes en reposant complètement le problème des femmes dans son contexte social à partir d’une constatation simple et efficace comme un slogan : « On ne naît pas femme, on le devient. »

Mais si la réflexion de Simone de Beauvoir ouvre de nouvelles perspectives au féminisme, sa vision de la lesbienne reste très en retrait des conquêtes identitaires obtenues par le courant d’émancipation culturel de l’entre-deux-guerre. Au lieu de légitimer la femme lesbienne dans sa liberté ontologique, elle se contente de réhabiliter ses choix sexuels en contestant les idées reçues des psychanalystes. « Ce n’est pas l’organe de la possession qu’elle envie à l’homme : c’est sa proie [10] remise en question originale de « l’envie du pénis » qui n’a guère suscité de commentaire remarquons-le. Elle écrit aussi : « la femme dite " virile " est souvent une franche hétérosexuelle », ou encore : « ...pour la femme qui a le culte de sa féminité, c’est l’étreinte saphique qui s’avère la plus satisfaisante ».

Bien que ces affirmations soient audacieuses dans le contexte misogyne de l’après-guerre, elles perdent une grande partie de leur impact quand Simone de Beauvoir les inscrit dans le social. C’est là d’ailleurs qu’elle se montre la plus ambiguë, écrivant notamment : « Ce qui donne aux femmes enfermées dans l’homosexualité un caractère viril, ce n’est pas leur vie érotique qui, au contraire, les confine dans un univers féminin : c’est l’ensemble des responsabilités qu’elles sont obligées d’assumer du fait qu’elles se passent des hommes. » L’homosexualité est donc à ses yeux un « enfermement », pas une émancipation, et elle va même plus loin en disant : « Rien ne donne une pire impression d’étroitesse d’esprit et de mutilation que ces clans de femmes affranchies. »

Un jugement si sévère sur les affranchies sexuelles étonne de la part d’une philosophe qui s’affirmera comme l’une des plus importantes féministes de la seconde moitié du siècle. Elle étonne d’autant plus que Simone de Beauvoir a aimé des femmes [11], et qu’elle fut elle-même victime de l’homophobie sous le régime de Vichy, quand il lui fallut démissionner de l’Education nationale afin d’échapper à une plainte pour détournement de mineure déposée par la mère d’une de ses élèves qu’elle hébergeait [12]. Pourquoi a-t-elle occulté cette partie de sa vie intime dans ses Mémoire [13] ? Est-ce parce qu’elle pensait que l’homosexualité n’était pas un chemin vers la libération des femmes puisque son chapitre sur « la lesbienne » est situé dans la partie « Formation » et non dans la dernière partie du Deuxième sexe traitant de la femme indépendante. Cette occultation de ses amies explique en tout cas pourquoi sa pensée a laissé dans l’ombre de nombreuses questions soulevées par l’homosexualité comme celle-ci : hétérosexuelles et homosexuelles subissant le même conditionnement à « devenir femme », pourquoi certaines s’en libèrent-elles et pas d’autres ; autrement dit l’oppression sociale, le conditionnement à « devenir » femme, est-elle la seule chose qui relie les femmes entre elles et structure une identité de « deuxième sexe » ?

L’évitement de ces questions va peser lourd sur les vingt années suivantes. Parce qu’il enferme le lesbianisme dans le silence coupable de la femme damnée (voir Huis clos de Sartre où la lesbienne se retrouve en enfer du seul fait qu’elle est lesbienne). Et surtout, il maintient la dissociation entre l’Eros et le politique, ne donnant d’autre base possible à la « sororité » féminine que la conscience de l’oppression. Mais ces questions n’en vont pas moins cheminer dans la conscience des femmes. L’expérience d’une relative égalité politique, l’éducation mixte donnée aux jeunes filles de la génération du baby-boom, la prospérité économique, ont changé les données de l’intégration des femmes dans la cité. Mais personne ne s’en rend compte, jusqu’à ce que la révolte des femmes résonne comme un coup de tonnerre dans une société qui croyait avoir tout dit en mai 1968.

SISTERHOOD IS POWERFUL : LE MOUVEMENT DE LIBÉRATION DES FEMMES. 1970- 1980

« Libération des femmes année zéro » clament pour tout programme les révoltées des années 70. La soudaineté et la radicalité de leur révolte a de quoi surprendre. Pensent-elles vraiment que l’essentiel reste à faire et que l’histoire de la libération des femmes commence par cette prise de parole collective qui investit le double refoulé des générations précédentes, à savoir l’union entre les femmes et la révolution sexuelle ?

Joignant le geste à la parole, elles créent avec une intuition remarquable un mouvement en rupture totale avec la dynamique d’émancipation de leurs aînées. C’est d’abord un mouvement non mixte qui accueille toutes les femmes, quelle que soit leur classe sociale, leurs pratiques sexuelles, leur origine géographique ou leur âge. C’est aussi un mouvement qui ne veut plus rentrer dans la cité, mais « faire éclater toutes les structures de la société et, en particulier, les plus quotidiennes. Nous ne voulons aucune part ni aucune place dans cette société qui s’est édifiée sans nous et sur notre dos, écrivent-elles dans le texte accompagnant Le Manifeste où 343 femmes déclarent avoir avorté illégalement. Quand le peuple des femmes, la partie à l’ombre de l’humanité prendra son destin en main, c’est alors qu’on pourra parler d’une révolution [14] ».

Le ton prophétique, l’audace, la nouveauté du langage montrent que l’Eros féminin rebelle a retrouvé son pouvoir de contestation de l’ordre patriarcal. Le combat pour la liberté de l’avortement et de la contraception a un impact immédiat, mobilisant la conscience indignée des femmes avec une efficacité surprenante. Mais ce n’est pas tout. En créant un mouvement non mixte, les femmes se donnent les moyens d’affronter la question que les féministes du passé n’ont cessé d’occulter, celle de l’homosexualité féminine et plus largement de l’amour de la femme pour elle-même et ses semblables. Car la proclamation d’une sororité nouvelle entre femmes, fondement d’un pouvoir être et pouvoir agir dans la cité, implique la reconnaissance des facteurs dynamiques qui poussent les femmes à s’unir. L’amour des femmes est-il un élément agissant de cette dynamique nouvelle d’émancipation ? Si la conscience d’une oppression commune incite les femmes à s’unir, l’amour est-il cette énergie qui donne la force de faire éclater les structures masculines de la société.

Le tabou néanmoins est énorme. Comment les homosexuelles peuvent-elles briser le silence quand elles n’ont d’autre référence que la clandestinité, d’autre modèle de Sappho et d’autre espoir que la révolution ? Plusieurs tentatives sont faites au groupe sexualité féminine, qui se réunit chez Antoinette Fouque et aux « Petites Marguerites » chez Monique Wittig, sans véritable succès. Les homosexuelles craignent d’être rejetées si elles se dévoilent et les hétérosexuelles sont médusées de les voir en chair et en os. Finalement, le déblocage va venir du groupe des Polymorphes Perverses, créé en février 1971 par Margaret Stephenson dans le but d’étudier la politique sexuelle d’après les textes de Freud et Marcuse. Il y a là des femmes de tous horizons, dont Anne-Marie Grélois, membre de l’association Arcadie, association réformiste « homophile » fondée en 1954 par André Baudry, qui va jouer un rôle déterminant dans le déclenchement de la révolte des homosexuels. Exaspérée de voir que le MLF ne tient pas ses promesses, elle organise une réunion à Arcadie qui rassemble une cinquantaine d’homosexuelles. Le fruit est mûr.

Les Gouines Rouges

Deux actions menées par le MLF en mars 1971 vont mettre le feu aux poudres. La contestation du meeting organisé par l’association contre l’avortement « Laissez-les vivre », à la Mutualité de Paris le 5 mars 1971 [15], et cinq jours plus tard l’interruption de l’émission radiophonique de Ménie Grégoire enregistrée en public sur le thème : « L’homosexualité, ce douloureux problème. »

« Nous ne souffrons pas - Liberté ! » disent les homosexuelles. Le succès est total. Quelques jours plus tard se crée le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR) [16], mouvement d’inspiration anarchiste qui se développe sur le modèle du MLF. C’est un mouvement « sans structure ni hiérarchie », sans président ni représentant officiel qui accueille tout le monde, hommes, femmes, travestis, « folles », bourgeois, etc.

« L’alliance entre les filles du MLF et les pédés du FHAR » paraît si évidente que personne ne remet en question la mixité du FHAR. Mais la parution du numéro 12 de Tout, où pour la première fois des homosexuels des deux sexes prennent publiquement la parole dans un journal d’extrême gauche, fait basculer l’équilibre entre les sexes du côté des hommes. Ils affluent au FHAR, et très vite nous nous sentons dépossédées du FHAR, de la parole, et peut-être plus encore de notre libération sexuelle. Les différences sautent aux yeux à présent. Les hommes revendiquent les rôles actif/passif, nous voulons les détruire. Les Gazolines [17] exhibent les stéréotypes de la féminité, nous rejetons l’image de la Femme et de l’éternel féminin. Nous parlons, ils ne nous écoutent plus. La misogynie latente et souvent humiliante d’un grand nombre d’hommes venus là pour « jouir sans entrave », comme le dit un slogan, nous décide à nous réunir à part le mardi, tout en pensant, comme l’écrit Anne-Marie dans le n° 12 de Tout que « notre place est à l’intersection des mouvements qui libéreront les femmes et les homosexuels. Le pouvoir que nous revendiquons est celui de nous réaliser [18] ».

Nous sommes une cinquantaine, une centaine peut-être, venues de tous les horizons et dont l’âge se situe entre vingt et trente-cinq ans. Je ne me souviens plus quand nous avons décidé de prendre ce nom de Gouines Rouges qu’un passant a lancé en nous voyant lors d’une manifestation. Nous avons distribué des tracts à l’entrée des boîtes de femmes, à Pigalle, chez Moon, organisé une fête aux halles en juin 1971 pour « fêter dans la joie le commencement de notre révolte, sortir de nos ghettos, vivre enfin notre amour au grand jour », comme disait le tract. Nous nous réunissons chez les unes et les autres, et un jour nous ne sommes plus revenues aux AG du FHAR. Le détour par le FHAR n’en a pas moins été un moment important de l’évolution de la problématique lesbianisme/féminisme en ce que du côté des lesbiennes il a scellé le choix de la non-mixité de manière quasi définitive.

Nous devenons alors un groupe du MLF, un de ces nombreux groupes informels qui se constituaient autour d’un sujet, pour préparer une action ou tout simplement explorer les motivations profondes de notre révolte. C’est un fait qui peut paraître étonnant aujourd’hui, mais nous n’avions pas d’autre revendication que vivre notre amour au grand jour. C’était un temps de genèse, et nous voulions tout à la fois être visibles et ne pas nous enfermer dans le ghetto de l’homosexualité. Cette contradiction ne nous inquiétait pas. Engagées dans un mouvement iconoclaste et une dynamique de contestation radicale du pouvoir mâle, nous ne voulions plus être enfermées dans des catégories d’aucune sorte. Sisterhood is powerfull disaient les Américaines, nous en faisions l’expérience enivrante, trop heureuses de pouvoir enfin nous unir aux autres femmes sans tenir compte de notre origine sociale, notre pratique sexuelle ou notre couleur de peau. Ce besoin d’être reconnues comme des « femmes à part entière » était si fort, que l’essentiel de nos actions de visibilité a été dirigé vers le mouvement. Hapenings dans les Assemblées générales sur le thème « les lesbiennes sont-elles des femmes ? » ou « notre problème est aussi le vôtre ». Et surtout, acte de visibilité collective aux « Journées de dénonciations des crimes contre les femmes », tenues à la Mutualité les 12 et 13 juin 1972, qui a permis de faire apparaître derrière le bonheur d’aimer les femmes par « choix politique » que promouvaient les « nouvelles homosexuelles », la souffrance, I’oppression, le silence que « les homosexuelles de toujours » avaient enduré durant les années de clandestinité.

Puis les réunions des Gouines Rouges se sont espacées. Trop jeunes, inexpérimentées, privées de modèles identitaires, d’histoire et de culture propre, nous n’étions pas prêtes à affronter le regard extérieur pour nous affirmer ailleurs que dans le Mouvement de Libération des femmes.

L’opposition hétérosexualité-homosexualité, une opposition dépassée ?

Une autre expérience a marqué de son empreinte indélébile le féminisme des années 70 : la frontière entre homosexualité et hétérosexualité pouvait devenir très floue dans un mouvement comme le MLF [19]. Des hétérosexuelles vivaient des histoires d’amour avec des femmes qui transformaient complètement l’approche de la libération sexuelle. Non seulement l’image de la Femme volait en éclats, mais les identités sexuelles elles-mêmes se brisaient avec les cadres imposés par la société. Iconoclastes par nécessité politique, puisqu’on ne pouvait entrer dans la cité sans briser les structures, nous le devenions par désir et par amour des femmes. Des pans entiers de réflexion s’ouvrirent brusquement à la conscience révoltée des femmes sur le désir, le passage à l’acte homosexuel, les conditionnements culturels et le franchissement des seuils et des limites. Lieu de libération de l’homosexualité féminine, le mouvement de libération des femmes devenait un espace identitaire nouveau où les hétérosexuelles déterritorialisent leurs désirs en découvrant leur propre aptitude à désirer des femmes. Découverte bouleversante, évidemment, autant pour les « anciennes homosexuelles » que pour les nouvelles, comme l’analysera Anne dans un texte dont le titre est à lui seul un constat de découverte : « La difficile frontière entre homosexualité et hétérosexualité » :

« ... Les homosexuelles sont assiégées par le mouvement qui veut foutre en l’air leur rempart, la frontière à l’intérieur de laquelle gît encore l’homosexualité.

La frontière est de plus en plus difficile (à défendre). Son effondrement n’annoncera pas le règne de la bisexualité généralisée comme ont pu le proclamer autrefois certaines nouvelles homosexuelles triomphantes, mais l’homosexualité généralisée, non exclusive d’autre chose d’ailleurs. Qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Difficile à dire. Mais est-ce que cela n’a pas à voir avec la peur d’éclatement du corps qu’ont éprouvée plusieurs anciennes hétérosexuelles avant le passage à l’homosexualité ? [20] »

Cette peur ne disparaîtra jamais totalement. Comment ne pas avoir peur d’un désir qui entraîne loin des images socialement légitimantes, dans une confrontation avec la « loi du Père » qui se fait au détriment des femmes ? Mais cette peur est aussi le signe que la libération des femmes est une expérience de l’être tout entier qui expérimente une nouvelle identité à travers l’ébranlement des structures les plus « naturelles ». Comme le dira Monique Wittig à la même époque dans une interview au journal Actuel : « Le lesbianisme n’est pas seulement une pratique sexuelle, c’est aussi un comportement culturel : vivre par soi et pour soi, une indépendance totale par rapport au regard des hommes, à la mise en forme du monde qu’ils ont construit. (...) Je crois que les catégories hétérosexuelles-homosexuelles fonctionnent comme des manoeuvres de division et de diversion sur un problème qui nous est commun : qu’est-ce que notre sexualité [21] ? »

La crise de la représentation de l’Eros lesbien

Si l’homosexualité paraît triompher dans la pratique quotidienne du mouvement en impulsant un militantisme et une convivialité nouvelles entre femmes, dans les faits, elle passe rapidement au second rang des préoccupations collectives. Derrière la lutte contre le viol notamment, qui succède à la lutte pour la libre maternité après le vote de la loi Veil en novembre 1974. C’est une chose de briser les carcans ! C’en est une autre de mettre autre chose à la place, et l’on va s’apercevoir assez vite que si la « libre disposition de notre corps » fait l’unanimité des femmes en révolte, l’extension territoire de la liberté sexuelle féminine jusqu’au lesbianisme ne mobilise pas tant d’énergies.

Le groupe « Psychanalyse et Politique » fondé par Antoinette Fouque affirme dès 1973 que « l’homosexualité primaire des femmes devrait n’être qu’un passage vers une hétérosexualité retrouvée et vraiment libre [22] », Cela signifie-t-il que seule l’hétérosexualité est « vraiment libre » ? Si elles n’osent pas encore aller jusque-là, le seul fait de se réclamer d’un « (im)pouvoir matriciel d’engendrements, de dépenses, de chaos, de différences [23]... », vise à restaurer le pouvoir archaïque maternel face à l’Eros rebelle des lesbiennes, les éliminant du même coup d’un devenir commun dans la cité.

La tendance Lutte de Classe réintroduit les mêmes divisions entre homosexuelles et hétérosexuelles au moyen de la théorie marxiste léniniste dont on sait le peu de crédit qu’elle accorde au pouvoir révolutionnaire d’Eros. De plus, les homosexuelles doivent se montrer discrètes de peur d’éloigner les femmes du « mouvement de masse » à construire.

Même les Féministes révolutionnaires qui revendiquent l’héritage intellectuel de Simone de Beauvoir ne sont pas loin de penser que la question est réglée tant la frontière entre homosexualité et hétérosexualité s’est effacée entre elles. La disparition des Gouines Rouges laisse un vide qui ne préoccupe personne car la question de la visibilité des lesbiennes semble comme suspendue à ce travail collectif d’élaboration d’une nouvelle culture de femmes qui mobilise tant de groupes autour des projets concernant le cinéma, la littérature, l’histoire des femmes. Mais l’iconoclasme féministe n’a pas épargné la représentation de l’Eros lesbien, entraînant une nouvelle crise dans l’histoire mouvementée des rapports entre lesbiennes et féministes : la tentation du séparatisme lesbien. La lutte contre le viol et la pornographie est un moment important de ce processus de la radicalisation des lesbiennes. D’abord parce que ce sont deux jeunes Belges, Anne Tonglet et sa compagne, violées dans les calanques marseillaises pendant les vacances 1974, qui vont accepter pour la première fois de mener le procès contre leurs violeurs du tribunal correctionnel à la cour d’Assises [24], assumant publiquement avec leur avocate Gisèle Halimi le fait qu’elles vivaient ensemble. Et ensuite parce que le terrain du viol est celui de la confrontation directe avec l’intolérable de la sexualité masculine, celui où l’Eros féminin s’est vu infliger les pires blessures dans l’indifférence sociale quand ce n’est pas dans la dénégation .

« Une lesbienne n’est pas une femme » (M. Wittig)

C’est dans un double contexte d’éclatement du mouvement après le dépôt en 1979 du sigle MLF par la tendance Psychanalyse et Politique et de montée de la gauche au pouvoir, que l’irréductible lesbien va réagir à son occultation en s’érigeant comme devenir révolutionnaire d’une société « hétérosexiste » incapable de se réformer sans occulter à nouveau les lesbiennes. Mais nous ne sommes plus en 1970 et comme le temps de la mobilisation est passé, c’est dans le champ conceptuel que va porter l’effort de visibilité. En 1980 Monique Wittig publie deux articles retentissants dans la revue Questions féministes : « La pensée straight » et « On ne naît pas femme ». Se situant dans un « matérialisme lesbien », Monique Wittig remet en question l’idée de la division « naturelle » des sexes et le fait que les lesbiennes appartiendraient au groupe « naturel » des femmes. « Une lesbienne doit être quelque chose d’autre, écrit-elle, ni femme, ni homme, un produit de la société et non un produit de la " nature ", car il n’y a pas de " nature " dans la société [25]. » Par conséquent : « Une lesbienne n’est pas une femme et n’aime pas une femme. » Les conclusions de ce radicalisme lesbien se tirent d’elles-mêmes. Du fait que « les lesbiennes sont les seules historiquement qui se conçoivent au-delà des catégories de sexe du régime hétérosexuel [26] », elles incarnent un point de rupture idéologique et politique qui implique la scission avec les féministes qualifiées dès lors d’« hétéro-féministes ».

En 1980 un groupe de lesbiennes radicales se réunit à l’université de Jussieu sur les bases de cette analyse. Mais parce qu’elles ont poussé la rupture jusqu’à qualifier les hétérosexuelles de « collabos », une partie de l’équipe de Questions féministes, qui comprend des hétérosexuelles et des lesbiennes, se désolidarise et réagit en rompant à son tour avec les lesbiennes radicales au nom d’un féminisme radical incluant la solidarité entre toutes les femmes [27]. Les lesbiennes radicales (dont Monique Wittig) sont exclues de facto de la revue qui continue sous le titre à peine changé de Nouvelles Questions féministes. Mais, au lieu de prendre en charge la visibilité des lesbiennes, la nouvelle équipe délaisse la réflexion sur l’homosexualité en opérant un « renversement de perspective » au terme duquel « la contrainte à l’hétérosexualité » devient l’axe de contestation du patriarcat. Ce qui est une nouvelle façon de réocculter l’Eros lesbien, par la voie négative, pourrait-on dire, car ce n’est pas en démontrant pourquoi les femmes ne peuvent pas devenir lesbiennes qu’on explique pourquoi elles le sont. De plus, le déplacement de la réflexion féministe d’une quête identitaire vers la théorie des rapports sexe/genre, et plus largement des rapports sociaux de sexe, a pour conséquence immédiate d’isoler encore plus les chercheuses lesbiennes en les obligeant à s’inscrire dans une conceptualisation des rapports de sexes à laquelle elles ne participent que dans leurs rapports sociaux. Evacué du champ des connaissances « légitimantes », Eros lesbien est ainsi évacué de toute possibilité d’intégration dans la cité.

Le clivage qui s’est réinstallé entre lesbiennes radicales, lesbiennes féministes, féministes radicales, réformistes et/ou « hétéro-féministes », montre que l’effort de visibilité mené par les chercheuses et universitaires dans le champ conceptuel n’a pas tenu ses promesses dans le champ politique. L’arrivée de la gauche au pouvoir en mai 1981 va révéler toutes les faiblesses d’un féminisme prêt à sacrifier les éléments les plus novateurs et les plus dérangeants de la révolte des femmes dans l’espoir d’une intégration possible dans la cité. Le passage d’une contestation radicale de la « société mâle » et de ses structures de pouvoir à l’intégration dans la cité « socialiste », effectué en plein éclatement de la dynamique d’union entre femmes impulsée dans les années 70, confronte le féminisme à la même question que dans l’entre-deux-guerres : la respectabilité des revendications féministes implique-t-elle l’abandon de l’Eros féminin libre ?

L’INSTITUTIONNALISATION DU FÉMINISME ET LA DISPARITION DES LESBIENNES. 1981-1989

Avec la nomination d’Yvette Roudy à la tête du ministère des Droits des Femmes s’ouvre une nouvelle période de clivage entre le féminisme des droits et l’Eros lesbien. On peut même se demander si ce clivage n’est pas généré par le féminisme des droits dès lors qu’il se définit exclusivement par rapport au patriarcat. La nécessaire affirmation des droits des femmes dans la cité patriarcale ne doit pas occulter l’autre aspect du féminisme qui est l’exploration de la « féminité » révoltée à travers le développement d’une culture identitaire et d’un nouveau regard sur soi, sur les femmes et sur le monde. La construction du sujet (politique, créatif, amoureux...) se fait par la confrontation à ces deux mondes, celui de l’autre et de soi-même, de l’homme et de la femme, de l’extérieur et de l’intérieur, de la Cité et du mouvement conçu comme espace « politique » autonome des femmes, etc. L’oubli d’une des deux dimensions mène presque toujours au clivage et c’est ce qui va se passer avec les lesbiennes dans la mesure où elles deviennent le paradigme de « l’intérieur » du féminisme, de la relation des femmes entre elles et de l’autonomie par rapport aux hommes. L’institutionnalisation du féminisme va faire apparaître une vérité que l’on croyait dépassée : non seulement le lesbianisme est toujours tabou, mais il est tabou auprès des féministes elles-mêmes qui pratiquent plus ou moins consciemment la censure et l’auto-censure.

Alors que le féminisme avait été le grand vecteur de visibilité de l’homosexualité féminine dans les années 70, il se dérobe brusquement à son rôle historique au point d’être pratiquement absent de l’inscription de l’homosexualité dans la cité qui caractérise les années 80, et les années Sida.

Cette désertion est d’autant plus surprenante que la société semble s’ouvrir au fait lesbien. Marguerite Yourcenar est élue à l’Académie française en 1980. La même année, la romancière Jocelyne François obtient le prix Femina pour Joue-nous Espana qui raconte son histoire d’amour avec une femme. Par ailleurs, le mouvement gay prend de l’ampleur avec la création d’une activité militante et commerciale qui comprend des journaux (Gay Pied), des revues mixtes comme Masques et le mensuel Homophonies, publié par le CUARH (Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle), une radio libre (Fréquence Gay), une librairie et des commerces qui drainent l’énorme potentiel économique des gays. Du côté des femmes, plusieurs journaux sont créés dès 1978 qui affirment une « identité » lesbienne comme Quand les femmes s’aiment né à Lyon (1978-1980), Désormais (1979), Lesbia magazine, fondé en novembre 1982 par Christiane Jouve et Catherine Marjolet, la revue littéraire Vlasta (1983-1984) et les Archives Lesbiennes [28]. Le MIEL (Mouvement d’informations et d’Expressions Lesbiennes), fondé en mai 1982, fait néanmoins figure d’exception. Première association de lesbiennes à se constituer selon la loi 1901, et donc à s’inscrire dans le jeu démocratique, elle est domiciliée à la Maison des Femmes, gardant des liens officiels avec le féminisme qui ne seront jamais rompus.

Il faut se rendre à l’évidence : le lesbianisme n’est plus un enjeu du féminisme, comme le démontrera bien malgré lui un ouvrage publié en 1985 par vingt-sept personnalités sur Le féminisme et ses enjeux. Pas une n’aborde la question, alors qu’elle a toute latitude pour le faire. Dans sa chronologie du MLF, Martine Storti ne parle pas des Gouines Rouges ni des relations du MLF avec le FHAR. La question est purement et simplement évacuée, comme celle de la sororité considérée comme « conflictuelle » mais jamais associée à une réflexion sur l’amour. De son côté. Christine Delphy réussit à parler de « la sexualité non coïtale » sans écrire le mot lesbienne, et quand elle parle d’homosexualité c’est pour la mettre au même niveau que « I’auto-érotisme et... les rapports hétérosexuels non coïtaux », sans préciser s’il s’agit de ceux de l’homme ou de la femme [29].

Voici donc des « ténors » du féminisme qui, après avoir affirmé dans les années 70 que « le privé est politique », excluent le lesbianisme du champ politique dans l’espoir de présenter une image, donc acceptable, du féminisme. Un processus semblable se développe dans l’Université avec l’institutionnalisation des études féministes. Non seulement l’homosexualité est à nouveau tabou, mais elle ne figure quasiment pas dans la volumineuse Histoire des femmes, que publient Georges Duby et Michelle Perrot au début des années 90 [30]. Sujet marginal, gênant, brûlant. « A l’évidence, reconnaît l’historienne Arlette Farge en 1997, existent des zones de silence et d’occultation en histoire concernant l’homosexualité et plus particulièrement le lesbianisme. Elles sont faites non d’ignorance, mais bien souvent d’agacement plus ou moins conscient face à cette réalité toujours tenue sous silence [31]. »

C’est aussi parce qu’elles « agaçaient » trop visiblement les organisatrices du Festival international de films de femmes de Créteil que les lesbiennes décidèrent en 1989 de fonder l’Association Cinéffable dans le but d’organiser leur propre festival. L’occultation des lesbiennes par les féministes « officielles » a aussi son bon côté puisqu’elle les a obligées à s’auto-organiser en développant de nouvelles pratiques institutionnalisantes qui tentent d’inscrire la place des lesbiennes au sein du mouvement féministe et du mouvement gay.

« QUAND LES LESBIENNES SE FONT DU FÉMINISME » (CINÉFFABLE)

La nouvelle génération qui n’avait connu ni le MLF, ni le FHAR, ni les conflits autour du radicalisme, et qui n’avait donc pas fait le choix de la non-mixité, a eu du mal à trouver sa place. Comme l’exprimait Christiane Jouve en 1985 dans un éditorial de Lesbia magazine : « N’oublions jamais que nous sommes des femmes pour les hommes, des homosexuelles pour les femmes, c’est-à-dire un groupe profondément différent, dont les préoccupations, les modes de vie, les aspirations ne peuvent s’exprimer par une simple assimilation aux femmes ou aux homosexuels [32]. »

Cette « position incongrue entre marginalité et intégration » va obliger les jeunes lesbiennes à faire des choix entre le féminisme et le mouvement gay, ou plus exactement entre le radicalisme lesbien et le mouvement gay puisque l’homophobie latente du féminisme officiel ne leur permet pas de s’intégrer aux côtés des anciennes et de bénéficier de leur expérience. Un certain nombre de lesbiennes désireuses d’agir rejoignent alors les associations de lutte contre le Sida comme Act Up et AIDES [33] OU elles cherchent une légitimité en tant que lesbiennes par la solidarité avec les hommes touchés par l’épidémie. Malgré leur présence dans les associations mixtes comme les Centres Gays et Lesbiens de Paris et de grandes villes de province, elles n’ont guère eu d’influence sur le mode d’organisation et le contenu politique de la parole homosexuelle. L’homosexualité masculine opère toujours comme modèle universaliste et l’absence de femmes dans les instances de pouvoir des principales associations montre qu’elle opère aussi dans les structures militantes qui re