Léon Blum « Pour être socialiste » ; 1919
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Léon Blum « Pour être socialiste » ; 1919

Lutte des classes : l’encombrant fantôme ?
par Léon sur http://www.agoravox.fr/
jeudi 28 juin 2007
"Depuis la victoire de N. Sarkozy et son camp, il se produit un phénomène étrange : non seulement la droite s’occupe, ce qui est normal, de ses propres affaires, mais, bizarrement, elle semble aussi se mêler de celles de la gauche, comme en témoignent ces multiples injonctions à se « moderniser » à « abandonner ses idées dépassées », à « mettre au placard ses vieilles idéologies ». Sommée, tantôt d’évoluer vers le blairisme, tantôt vers la social-démocratie, la gauche peut s’interroger sur cette étrange sollicitude... Et elle est légitimement fondée de se demander en quoi elle devrait donc se réformer pour faire plaisir à la droite ?
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Les maux de la justice sociale
Lutte contre la pauvreté, l’exclusion, les discriminations... Se polariser sur elles, n’est-ce pas s’exposer au risque d’oublier la question des inégalités dans son ensemble ? Une analyse de Patrick Savidan (Université de Paris-Sorbonne). Extrait du Hors Série de Télérama, "Quelle égalité voulons-nous ?".
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POUR L’ART ET LA CULTURE
Nous sommes les héritiers de luttes et d’utopies magnifiques, du grand mouvement de l’Éducation populaire, les enfants ou les petits-enfants des pionniers de la décentralisation théâtrale française de l’immédiat après-guerre. Et nous l’affirmons encore comme nous l’avons longtemps répété : face à une Europe soumise aux impératifs délétères de la rentabilité, face à une offensive sans précédent de l’ultralibéralisme, le service public de la culture français doit être actualisé, consolidé, défendu, et porté comme un exemple pour les autres !
Nous avons fait face, ces dernières années, à une déferlante du divertissement marchand et du populisme télévisuel, parallèlement à un affaiblissement des missions de service public de la Culture. Nous avons dénoncé le risque d’une instrumentalisation de l’art au profit d’une logique de rentabilité, en termes médiatiques et touristiques, au détriment d’un « partage du sensible » par l’ensemble de la population. Nous nous sommes insurgés contre une dérive gestionnaire tendant au formatage des projets et des initiatives inclassables. Nous nous sommes inquiétés du rôle croissant que l’on veut faire tenir à l’argent privé dans la culture.
Ces dérives, qui n’épargnent pas des institutions publiques, mettent en danger le sens même d’une politique culturelle.
Dès novembre 2006, nous avons lancé un APPEL AUX CANDIDATS À L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE pour qu’ils considèrent avec sérieux la place de l’art et de la culture dans leurs programmes. Peut-être cela n’a-t-il pas été tout à fait inutile, mais l’état actuel des consciences est tel que nous n’avons pas réussi à provoquer l’écho et les réactions que nous estimions indispensables sur cette question vitale pour l’avenir de notre civilisation.
Si les « politiques » français ne veulent ou ne savent pas s’emparer sérieusement de cette question fondamentale pour s’opposer au formatage annoncé des « cerveaux disponibles », la responsabilité nous incombe de résister à la fatalité historique en les rappelant à leur devoir.
Nous n’avons pas le droit de renoncer, de nous contenter de protéger des intérêts égoïstes, corporatistes ou lobbyistes. Dans un contexte européen teinté de néolibéralisme, des dispositifs extrêmement précieux, construits dans notre pays aux prix de nombreux combats depuis l’immédiat après-guerre, sont aujourd’hui en péril.
Les bonnes intentions ne suffiront pas : il nous faut impérativement faire aujourd’hui exister un outil de défense et de proposition pour le service public de la culture français.
Nous proposons aux artistes de toutes disciplines, aux acteurs culturels, aux citoyens, de s’allier pour défendre ces fondamentaux de notre civilisation que sont l’art et la culture et rappeler qu’ils ne peuvent exister et se développer hors des impératifs de rentabilité, que s’ils sont portés par un puissant service public de la culture.
Ton petit bol
Les milliards de cris d'insectes,
froissements, frissons, feuilles qui frémissent, se caressent,
roucoulements dans l'air imbibé d'odeurs,
ont tissé la toile
où la lumière est prise, avec la brise adoucie du soir.
Il suffisait de consentir à passer.
Il te donne le mot de passe,
heureux que tu sois heureux d'être toi,
de porter ton petit bol de larmes et de sourires
aux lèvres qui ont soif,
quand s'offrent les regards,
ouvrant le ciel intérieur où vous êtes ensemble réunis.
Ainsi l'heure est préparée où se découvre
Les aventuriers de l’île enchantée.
Bourdieu
5. Pierre Bourdieu : Les aventuriers de l’île enchantée, entretien avec Catherine Portevin et Jean-Philippe Pisanias, Télérama n°2536, 19/08/98.
Conclusion naturelle de notre série d'entretiens avec le sociologue avant la sortie en librairie, le 26 août, de son livre, La Domination masculine (éd. du Seuil) et l'amour ? Quelle place a-t-il dans ces rapports de force que sont les relations entre les hommes et les femmes ?
Souvent, en lisant Bourdieu, on s'était posé cette question. À nous qui nous croyions des individus libres et indépendants, toute son oeuvre ne cessait de révéler nos déterminismes sociaux. Nos choix professionnels, affectifs, esthétiques, nos fragilités, nos souffrances ou nos assurances, nos ascensions sociales ou nos ruptures, nos façons de parler ou de penser, nos adhésions conscientes ou inconscientes répondent à des logiques sociales, selon nos origines, nos généalogies, le " champ " auquel nous appartenons... Dans tout ça, peut-il seulement exister un sentiment pur, un amour vrai, irréductible au social et qui soit un des moteurs les plus puissants de l'existence?
C'est la première fois, à notre connaissance, que Pierre Bourdieu répond à cette question. Et par l'affirmative; un oui à la fois enflammé et prudent, enthousiaste et sage.
TELERAMA: Vous dessinez, en conclusion de votre livre, un " amour pur ", seul " îlot enchanté " ou peuvent s'annihiler les rapports de domination entre les sexes. Qu'est-ce, en la circonstance, que la pureté?
PIERRE BOURDIEU : Pur, cela veut dire indépendant du marché, indépendant des intérêts. L'amour pur, c'est l'art pour l'art de l'amour, l'amour qui n'a pas d'autre fin que lui-même. L'amour de l'art et l'amour pur sont des constructions sociales nées ensemble au XIXe siècle. On dit toujours que l'amour remonte au siècle des troubadours, ce n'est pas faux. Mais l'amour romanesque, tel que nous le connaissons, est vraiment une invention de la vie de bohème, et c'est entièrement le sujet de L'Education sentimentale, de Flaubert : la confrontation entre l'amour pur et l'amour " normal ",...
TRA : C'est quoi, l'amour normal ?
P.B. : C'est l'amour socialement sanctionné. L'amour pur s'invente chez les artistes, chez les gens qui peuvent investir dans une relation amoureuse du capital littéraire, du discours, de la parole... Tout ce que Flaubert a mis dans son roman. Les trois femmes qu'il met en scène sont chacune une des représentations de l'amour et se définissent les unes contre les autres. Mme Dambreuse est l'incarnation de l'amour bourgeois, Mme Amoult de l'amour pur et Rosanette, de l'amour vénal et mercenaire. Et l'amour pur se définit à la fois contre l'amour bourgeois qui a pour objectif la carrière, et contre l'amour vénal qui a pour objectif l'argent. Les deux étant en fait des amours mercenaires.
TRA Est-ce que, dès lors, cet amour pur est forcément une transgression sociale ?
P.B. : Oui, dans la mesure où il est en rupture avec l'ordre social qui demande d'autres gages. L'amour pur, c'est l'amour fou ; l'amour social convenable est un amour subordonné aux impératifs de la reproduction pas seulement biologique mais sociale.
TRA : Il peut tout de même y avoir de l'amour, là-dedans aussi ?
P.B. : Evidemment, c'est aussi de l'amour. Mais pas de l'amour fou. C'est de l'amour conforme, de l'amour du destin social, l'amor fati. On aime sa " promise ". Ces constats de la sociologie désespèrent beaucoup en général. Or, quand on étudie statistiquement les mariages, on observe qu'ils unissent des hommes et des femmes de même milieu. Autrefois, cette homogamie était garantie et aménagée par les familles ; c'était le mariage de raison, de raison sociale. Aujourd'hui, les garçons et les filles se rencontrent de manière apparemment libre, et l'homogamie fonctionne toujours. Dans le Béarn, j'ai étudié les effets de ce passage des mariages arrangés aux mariages libres, le bal devenant le " marché " où se nouaient les unions d'où sortiront les mariages. Ce qui est intéressant, c'est qu'ils ne sont le produit ni d'un choix ni de l'intervention d'une instance supérieure (la famille) ; ils sont le produit de dispositions sociales qu'on appelle amour...
Peut-être, d'ailleurs, avons-nous un taux de divorce élevé parce que nous investissons dans le mariage des attentes démesurées. C'est lié, en particulier, aux femmes qui dépendent plus des valeurs d'amour que les hommes. Pour - j'insiste encore - des raisons uniquement sociologiques qui n'ont rien à voir avec la supposée " nature " féminine. On dit souvent que les femmes sont romanesques, et c'est vrai, dans tous les milieux, à tous les niveaux, comme l'atteste le fait que les femmes ont partie liée avec la lecture et la littérature.
TRA L'amour pur serait alors I' exception, forcément éphémère. Et il ne semble pouvoir exister qu'hors du monde. N'est- il pas possible cependant que, même en se colletant au monde, aux contraintes sociales, il reste le plus fort?
P.B. : Cela arrive. La littérature est remplie des triomphes de l'amour pur. Dans la réalité, cette île enchantée sans violence, sans domination, est vulnérable en diable. Ce n'est pas raisonnable, raisonnable voulant dire conforme aux réalités sociales. C'est " miraculeux ", avec beaucoup de guillemets, miraculeux sociologiquement : c'est peu probable, cela peut arriver, mais cela a une chance sur mille. La réciprocité parfaite, l'émerveillement réciproque, c'est voué au dépérissement... ne serait-ce que sous l'effet de la routine.
Les gens n'aiment pas que l'on explique des choses qu'ils veulent garder " absolues ". Moi, je trouve qu'il vaut mieux savoir. C'est très bizarre que l'on supporte si mal le réalisme. Dans le fond, la sociologie est très proche de ce qu'on appelle la sagesse. Elle apprend à se méfier des mystifications. Je préfère me débarrasser des faux enchantements pour pouvoir m'émerveiller des vrais " miracles ". En sachant qu'ils sont précieux parce qu'ils sont fragiles.
TRA : Et si on chassait toutes les marques de la domination masculine, quelle serait la part possible, entre les hommes et les femmes, de la séduction (dont vous dîtes qu'elle est une reconnaissance implicite de la domination sexuelle), du jeu entre les êtres, voire du charme?
P.B. : Certains intellectuels défendent la tradition française de la courtoisie, en s'inquiétant de la voir mise en péril par ce désenchantement actuel de la relation hommes/femmes. Ce genre d'attitude, qui va souvent de pair avec la méfiance à l'égard du féminisme, m'est très antipathique parce que c'est une manière moderne de s'en rapporter à de vieilles lunes. Ce n'est pas intéressant et puis c'est faux. Est-ce que la lucidité sur les rapports entre les sexes, ou sur les rapports sexuels en général, pourrait détruire tout enchantement? Je n'en suis pas sûr.
Cela débarrasserait au contraire les relations de ce qui les encombre, de la mauvaise foi (au sens sartrien de " mensonge à soi-même "), de la tricherie, des malentendus.
Dieu sait si je ne suis pas très optimiste mais, sur certains terrains, l'analyse des effets de domination symbolique a une vertu clinique. Cela détruit les contraintes que les gens s'imposent parce qu'ils sont dans des rôles pré-constitués, dans des " programmes " sociaux. L'un pour faire l'homme, l'autre pour faire la femme.
TRA : Quand on voit le succès de la pilule Viagra, on se dit que ce n'est pas demain la veille, tant la virilité reste une valeur et une angoisse...
P.B. : Une angoisse parce qu'une valeur. Le succès de la pilule Viagra n'est que l'attestation visible de ce qui se sait depuis longtemps dans les cabinets médicaux ou psychanalytiques.
Les hommes, surtout, pourraient se simplifier la vie. Le rôle masculin m'est très insupportable depuis très longtemps dans son côté faiseur, bluffeur, m'as-tu-vu, exhibitionniste. Si les rapports masculins/féminins (qui se reproduisent aussi chez les homosexuels) étaient dépouillés de ce devoir d'exhibition, on respirerait mieux. Les numéros d'hommes, c'est tuant!
Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson.
Rebecca West
La traversée des apparences«[...] nos livres tous les jours nous voient dans notre nudité intérieure.»
Olivier Bruley
La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.
E. CIORAN
En cette vie, où je suis mon sommeil,
Je ne suis pas mon sommet,
Qui je suis est qui je m'ignore et vit
A travers cette brume que vraiment je suis,
Toutes les vies que j'ai eues autrefois,
Dans une seule vie.
Je suis mer ; clapotis faible, rugissement vers les hauteurs,
Mais ma couleur provient de mon ciel élevé,
Et je ne me rencontre que lorsque de moi je fuis.
Qui donc guidait mes pas de jeune infant sinon
L'âme véritable qui se trouvait en moi ?
Attachée par les bras du corps,
Elle ne pouvait être plus.
Mais, sans nul doute, un geste, un regard, un oubli
Aussi, aux yeux de qui aurait bien regardé
La Présence Réelle sous le déguisement
De mon âme présente ici sans y prétendre.
Fernando Pessoa, poèmes ésotériques,
Christian Bourgois 1988, p. 39.
Fernando Pessoa dans Poezibao :
Fiche bio-bibliographique, extrait 1, extrait
2,
Traces de passage